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Louise de Quengo : l’incroyable histoire de la femme retrouvée presque intacte 358 ans après sa mort

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Elle était morte depuis près de quatre siècles. Pourtant, lorsque les archéologues ouvrirent son cercueil, ils ne découvrirent pas seulement quelques ossements. Le corps de Louise de Quengo était encore là, avec ses tissus, ses vêtements, ses chaussures et même une partie de ses organes. Une conservation exceptionnelle qui allait permettre aux chercheurs d’entrer, presque physiquement, dans l’intimité funéraire d’une femme du XVIIe siècle

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L’histoire commence sous l’ancien couvent des Jacobins, à Rennes. Avant sa transformation en Centre des congrès, d’importantes fouilles archéologiques y sont conduites. Le lieu est considérable : au fil des siècles, religieux, pèlerins et membres de l’aristocratie bretonne s’y sont fait enterrer. Les recherches mettent au jour des centaines de sépultures — environ 800 selon le décompte présenté par l’Inrap pour la fouille — ainsi que cinq cercueils en plomb datant du XVIIe siècle.

L’un d’eux intrigue particulièrement les archéologues. Profondément enfoui dans la chapelle Saint-Joseph, il n’a pas pu être immédiatement extrait. Il faut attendre l’avancement des travaux, en 2014, pour pouvoir le dégager. Surtout, contrairement à d’autres cercueils de plomb découverts sur le site, celui-ci est resté hermétique. Cette circonstance va transformer une fouille archéologique en découverte hors norme.

À l’intérieur repose Louise de Quengo, dame de Brefeillac. Cette aristocrate bretonne, bienfaitrice du couvent, est morte le 10 mars 1656, âgée de plus de 65 ans. L’identification a notamment été rendue possible par un objet extraordinaire retrouvé avec elle : un cardiotaphe, c’est-à-dire une urne funéraire en plomb destinée à conserver un cœur. Une inscription permet de l’associer à Toussaint de Perrien, chevalier de Brefeillac et époux de Louise, mort à Rennes le 30 août 1649.

Mais le plus stupéfiant apparaît à l’ouverture du cercueil. Le corps de Louise s’est naturellement momifié. Les chercheurs expliqueront que l’environnement stable et privé d’oxygène du cercueil hermétiquement fermé a permis cette conservation exceptionnelle. Il ne s’agit donc pas d’une momification volontaire comparable à celle que l’on associe à l’Égypte ancienne : rien n’indique que l’on ait cherché à conserver son corps de cette manière.

Les vêtements eux-mêmes ont traversé les siècles. Louise avait été enterrée dans une tenue à forte dimension religieuse comprenant notamment robe de bure et scapulaires, mais également différents éléments vestimentaires correspondant à son rang. Un grand crucifix avait été placé entre ses mains. Plusieurs pièces de son costume et de ses chaussures ont pu être restaurées et étudiées.

L’état du corps était suffisamment exceptionnel pour permettre ce qui paraît presque inimaginable sur une personne morte en 1656 : des scanners et une véritable autopsie. Louise fut étudiée à l’Institut médico-légal du CHU de Rangueil, à Toulouse, en collaboration avec des équipes de l’Inrap, du CNRS et de l’université de Toulouse. Les scientifiques purent examiner ses tissus, certaines pathologies présentes avant sa mort et les interventions réalisées sur son corps après le décès.

Et c’est là que l’histoire devient encore plus fascinante.

Louise de Quengo n’avait plus de cœur.

L’autopsie montre qu’il avait été prélevé après sa mort, selon une opération réalisée par une personne possédant une connaissance remarquable de l’anatomie thoracique. En revanche, le reste du corps n’avait pas subi les traitements complets que l’on aurait attendus d’un véritable embaumement. Les chercheurs en ont conclu que l’objectif n’était probablement pas de conserver sa dépouille : c’était bien son cœur que l’on voulait retirer.

Or, près d’elle se trouvait précisément le cœur de son mari.

Toussaint de Perrien était mort sept ans avant elle. Son cœur avait été prélevé, traité puis placé dans cette urne de plomb. Les examens ont montré que l’organe avait lui aussi bénéficié de techniques de conservation. Louise fut donc enterrée avec le cœur de l’homme qu’elle avait épousé.

Et son propre cœur ?

C’est ici qu’il faut distinguer la réalité archéologique de la très belle histoire que l’on aimerait raconter. Les chercheurs envisagent que le dispositif ait été réciproque : le cœur de Louise aurait pu être déposé auprès du corps de Toussaint de Perrien, enterré au couvent des Carmes déchaussés près de Carhaix. Mais cette partie n’est pas matériellement démontrée puisque le cœur de Louise n’a pas été retrouvé avec certitude. L’hypothèse est néanmoins cohérente avec les pratiques funéraires étudiées par les chercheurs et avec cette étrange complémentarité des deux sépultures.

Derrière ce geste que notre époque pourrait spontanément interpréter comme une déclaration d’amour se cache également une conception profondément religieuse de la mort. Chez certaines élites européennes, le corps pouvait être réparti entre plusieurs lieux de sépulture. Corps, cœur et parfois entrailles pouvaient ainsi reposer séparément. Les chercheurs soulignent que ces pratiques permettaient notamment d’entretenir des liens avec plusieurs établissements religieux et de multiplier les prières pour le défunt.

La découverte de Louise de Quengo est donc bien davantage que celle d’une « momie bretonne ». Elle documente de manière exceptionnellement concrète la relation au corps, à la religion, au rang social et à la mort dans la Bretagne du XVIIe siècle.

Et son arrivée jusqu’à nous relève d’une incroyable succession de circonstances favorables. Son cercueil n’a pas été récupéré pour son plomb pendant les bouleversements révolutionnaires, il a survécu aux transformations du bâtiment et aux vicissitudes traversées par l’ancien ensemble religieux. La Ville de Rennes résume d’ailleurs cette survie moins comme un miracle que comme une succession de coups de chance.

Plus de trois siècles et demi après sa mort, Louise a ainsi livré aux chercheurs ce que les archives écrites ne pouvaient raconter seules : la manière dont elle avait été habillée, la façon dont son corps avait été préparé, certaines traces de sa santé et, surtout, cette pratique extraordinaire du cœur séparé du corps.

Il reste alors une image d’une puissance presque romanesque : en 1656, une femme meurt à Rennes. On lui retire le cœur. Dans son cercueil, on place celui de son mari, mort sept ans auparavant.

Puis le cercueil est fermé.

Il faudra attendre 358 ans pour que quelqu’un l’ouvre de nouveau.

Et sous le sol de Rennes, Louise de Quengo avait gardé le cœur de son mari auprès d’elle pendant tout ce temps.

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