Les faits doivent évidemment être pris au sérieux. Une ancienne collaboratrice met en cause Philippe Brun sur plusieurs registres, notamment le harcèlement et des violences physiques. Le Parti socialiste explique avoir été informé le 15 septembre au soir de faits « susceptibles de relever d’une caractérisation pénale » et justifie sa décision par son exigence d’exemplarité. Philippe Brun, lui, conteste les accusations, parle de dénonciation calomnieuse et annonce saisir la justice. À ce stade, ce sont donc des accusations contestées et non des faits judiciairement établis. (Parti Socialiste)
Mais politiquement, le calendrier laisse forcément des questions. Selon Le Monde, le conflit avec cette ancienne collaboratrice était connu de certains responsables socialistes depuis plusieurs semaines et deux procédures internes avaient été ouvertes dès juillet. Pourtant, c’est précisément à la veille de la validation des candidatures que les nouvelles accusations sont portées à la connaissance de la direction et que tout s’accélère. Philippe Brun affirme en outre ne pas avoir été entendu avant la décision. (Le Monde.fr)
Voilà ce qui me gêne. Non pas qu’un parti prenne au sérieux la parole d’une femme affirmant avoir subi des violences : c’est évidemment son devoir. Mais qu’un candidat puisse être rayé d’une compétition politique en quelques heures, avant que les accusations aient pu être contradictoirement examinées, mérite au minimum qu’on s’interroge sur la procédure.
Et l’interrogation n’existe pas seulement chez Philippe Brun. Jérôme Guedj, pourtant son concurrent dans cette primaire, a demandé pendant la réunion si une décision aussi radicale aurait été prise si les accusations avaient concerné Olivier Faure, Ségolène Royal ou lui-même. La direction a répondu que oui. La suspension a finalement été adoptée à la quasi-unanimité. (Le Monde.fr)
Alors, qui a voulu la peau de Philippe Brun ? Peut-être personne. Peut-être assistons-nous simplement à la collision catastrophique entre une accusation grave, le principe de précaution politique et le pire calendrier imaginable. Mais Philippe Brun pose lui-même une autre hypothèse : celle d’une affaire « instrumentalisée » pour le « tuer politiquement ». Pour l’instant, rien ne permet de présenter cette thèse comme établie. (LCP)
Reste un fait politique assez savoureux : en voulant peut-être éviter que l’affaire Brun ne contamine la primaire, le PS vient de fabriquer une affaire Brun.
Car il y a désormais deux questions, et il faudra répondre aux deux. Que s’est-il réellement passé entre Philippe Brun et son ancienne collaboratrice ? Cela relève des enquêtes et des procédures compétentes. Et pourquoi cette affaire a-t-elle provoqué une éviction politique aussi fulgurante précisément au moment où sa candidature devait être validée ?
Philippe Brun était peut-être jusque-là inconnu d’une partie du grand public. En quarante-huit heures, son nom est partout. Et lorsqu’un homme politique est sorti du jeu dans des circonstances aussi rocambolesques, un réflexe assez humain apparaît : on commence à vouloir savoir ce qu’il avait de si dérangeant.
C’est probablement la pire conséquence de cette affaire pour ceux qui souhaitaient refermer rapidement le dossier : ils viennent de rendre Philippe Brun beaucoup plus intéressant.
