Marc de La Ménardière n’était pas seulement le coréalisateur d’un documentaire. Il appartenait à cette catégorie beaucoup plus rare des gens qui tentent de mettre leur vie en accord avec leurs convictions.
Il avait pourtant commencé ailleurs. Diplômé d’une école de commerce, il avait travaillé à New York pour Danone, dans un univers professionnel qui semblait pouvoir lui offrir la trajectoire classique de la réussite contemporaine. Puis quelque chose s’était fissuré. Un accident, des interrogations sur l’état de la planète et de nos sociétés, et cette intuition de plus en plus forte qu’une autre vie devait être possible.
Avec son ami d’enfance Nathanaël Coste, il prend alors la route. De ce voyage naîtra en 2015 En Quête de Sens, formidable documentaire bricolé loin des grosses machines de production, quelque part entre road-movie, enquête philosophique et réveil écologique. Le film pose finalement une question d’une simplicité désarmante : et si nous étions collectivement en train de nous tromper sur ce qui compte vraiment ?
Le film trouvera un public considérable. Marc de La Ménardière indiquait qu’une diffusion originale, portée notamment par plus de 500 associations, avait permis au documentaire de rencontrer environ 200 000 spectateurs. Il recevra également plusieurs récompenses.
Mais le plus intéressant commence peut-être après le générique.
Car Marc ne s’est pas contenté de faire un film expliquant qu’il faudrait vivre autrement. Il a essayé de le faire. Avec sa compagne Malory Malmasson, il a notamment créé La Kambrousse, écolieu situé dans les Deux-Sèvres, pensé comme un espace de régénération, d’expérimentation et de transmission. Il avait également collaboré au projet Oasis du mouvement Colibris.
La télévision l’avait aussi accueilli. Aux côtés de Frédéric Lopez, il était devenu dans Mille et une vies sur France 2 un « dénicheur » de ces hommes et de ces femmes essayant, parfois modestement, de changer quelque chose autour d’eux : écologie, solidarité, autonomie, innovation sociale, nouveaux modes de vie.
Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages racontent tous à peu près le même homme. Un être drôle, curieux, lumineux, capable de parler de spiritualité sans devenir pesant, et surtout suffisamment libre pour remettre en question le scénario social qu’on lui avait proposé.
Frédéric Lopez a dit combien son humour, sa gentillesse et son désir de rendre le monde meilleur l’avaient marqué, évoquant l’une des personnes les plus inspirantes qu’il ait rencontrées. Raphaël de Casabianca, qui avait travaillé avec lui à ses débuts, a lui aussi raconté un homme qui savait faire repartir les autres « avec des étoiles dans les yeux et mille choses en tête ».
C’est probablement cela qu’il faut retenir.
À une époque où tout le monde prétend avoir des réponses, Marc de La Ménardière avait choisi quelque chose de beaucoup plus intéressant : poser des questions.
Que faisons-nous de notre temps ? Pourquoi travaillons-nous ? De quoi avons-nous réellement besoin ? Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Jusqu’où sommes-nous prêts à modifier notre manière de vivre pour que nos convictions ne restent pas simplement de jolies phrases ?
En Quête de Sens n’avait d’ailleurs rien d’un manuel. Le film ne disait pas : voici comment vous devez vivre. Il disait plutôt : regardez, réfléchissez, doutez, rencontrez, puis faites votre propre chemin.
Cette nuance est immense.
La disparition de Marc de La Ménardière rend aujourd’hui le titre de son film presque vertigineux. Une quête n’est jamais réellement terminée. Certains la poursuivent simplement plus loin que nous.
Et peut-être existe-t-il une manière très simple de rendre hommage à Marc : revoir En Quête de Sens, puis éteindre l’écran quelques minutes.
Et se demander, à notre tour, si la vie que nous menons ressemble vraiment à celle que nous voulons vivre.
