Un vert foncé s’invite. Il vient rencontrer
la framboise.
Je les regarde longtemps. Le foncé glisse sur le
clair. Puis un jaune apparaît.
Au fond du jardin, un jaune hésite, il demeure
presque invisible.
Il occupe peu de surface. Je pourrais presque ne
pas le voir.
Pourtant, depuis qu’il est là, tout a changé.
Le vert respire autrement. Le rose aussi.
Je regarde le jaune. Sa présence est réduite, mais
son effet dépasse ses contours.
Alors je commence à observer autrement ce que
je suis en train de faire.
J’ajoute un peu de jaune. J’en retire. Je réduis la
surface. Je la déplace. Chaque modification me
permet d’observer jusqu’où cette couleur agit
dans le dessin.
Ce n’est plus seulement sa présence que
j’examine, mais le rapport entre la quantité
déposée et ce qu’elle produit autour d’elle.
Je pourrais agrandir le jaune, lui donner
davantage de surface, le rendre immédiatement
visible. Mais ce serait une autre expérience. Ici, je
cherche au contraire à maintenir sa présence
minimale.
Combien peut-il perdre de surface tout en
continuant d’agir ?
Le dessin me permet de mettre cette question à
l’épreuve. Je diminue la quantité de jaune et
j’observe ce qui demeure de son effet.
Une couleur peut occuper très peu de place et
modifier des zones qu’elle ne touche pas. Son
influence ne s’arrête pas à l’endroit où la matière a
été déposée.
Je découvre que les présences les plus
discrètes déplacent souvent les équilibres les
plus profonds.
Je reviens au jaune.
Si je mesure seulement la surface qu’il occupe,
son importance paraît minime. Si j’observe ce qui
change autour de lui, cette mesure ne suffit plus.
La place visible d’une couleur et la portée de son
effet ne coïncident pas nécessairement.
Le jaune demeure presque invisible.
Son effet, lui, ne l’est pas.
