Mais sur quoi repose exactement ce que l’on pourrait appeler le « dossier à décharge » de Gérard Depardieu ? La ligne de défense apparaît désormais nettement : contester l’interprétation que Charlotte Arnould donne des deux rencontres des 7 et 13 août 2018, mettre en avant son comportement pendant et après celles-ci et, plus directement encore, tenter de fragiliser sa crédibilité.
L’argument le plus spectaculaire est sans doute la demande d’une nouvelle expertise psychiatrique de Charlotte Arnould. La défense souhaite qu’un expert se prononce sur ce qu’elle présente comme une possible « propension à l’affabulation ». Pour justifier cette demande, les avocats invoquent notamment une autre accusation de viol formulée par la comédienne en 2020 contre un autre acteur. Cette procédure n’a pas conduit à la mise en cause de cet homme et, selon les informations du Parisien, l’enquête avait conforté la thèse d’une relation consentie. Cela ne signifie évidemment pas juridiquement que Charlotte Arnould aurait menti dans l’affaire Depardieu : c’est précisément l’un des arguments que la défense souhaite utiliser pour mettre en doute la fiabilité de son récit.
Ce n’est d’ailleurs pas nouveau. En 2025, Le Monde rapportait déjà que la défense de Gérard Depardieu demandait une nouvelle expertise psychologique en invoquant plusieurs accusations d’abus sexuels formulées par Charlotte Arnould concernant d’autres hommes. Là encore, il faut être extrêmement précis : il s’agit d’un argument développé par la défense et non d’une décision de justice établissant que ces accusations étaient mensongères.
Le deuxième pilier du dossier est beaucoup plus concret : les vidéos enregistrées au domicile parisien de Gérard Depardieu. Les rencontres ont en partie été filmées par le système de vidéosurveillance. La défense estime que ces images montreraient une absence de gestes manifestes d’opposition de Charlotte Arnould et seraient incompatibles avec l’état de sidération qu’elle décrit. Les avocats mettent notamment en avant un baiser d’environ 43 secondes ainsi que plusieurs enlacements.
C’est probablement ici que se trouve le nœud judiciaire de l’affaire, car les mêmes vidéos font l’objet de lectures radicalement opposées. Les enquêteurs avaient notamment observé sur certaines séquences une Charlotte Arnould paraissant calme ou décontractée. La jeune femme explique au contraire qu’elle était tétanisée et incapable de manifester normalement son refus. Une expertise psychologique avait estimé que son absence d’opposition et son inhibition pouvaient être compatibles avec un état de sidération psychique. Le parquet a également considéré que sa vulnérabilité, la différence d’âge, la notoriété de Gérard Depardieu et l’ascendant exercé par celui-ci pouvaient constituer des éléments de contrainte.
La défense insiste également sur le fait que Charlotte Arnould a reconnu ne pas avoir clairement formulé verbalement son refus. Pour Gérard Depardieu, son comportement lui aurait au contraire laissé penser qu’elle consentait aux gestes sexuels. L’acteur a toutefois lui-même déclaré lors de l’instruction qu’avec le recul il pouvait envisager qu’elle n’ait pas été consentante et qu’il ait pu se tromper sur son consentement.
Un témoignage est également mis en avant : celui d’une femme de ménage présente lors de l’une des rencontres. Elle aurait déclaré avoir vu Gérard Depardieu et Charlotte Arnould s’embrasser normalement et avoir pensé que la jeune femme était la petite amie de l’acteur. Pour les avocats de celui-ci, ce témoignage renforce l’idée qu’aucun signe extérieur évident de détresse ou de refus n’était alors perceptible.
Autre pièce importante : les messages envoyés après les faits dénoncés. Le 19 août 2018, soit six jours après la seconde rencontre, Charlotte Arnould adresse à Gérard Depardieu un message affectueux dans lequel elle évoque notamment son souhait de travailler prochainement une scène avec lui et de le revoir. La défense estime que ce type d’échange est difficilement compatible avec le récit d’une femme venant de subir deux viols. Charlotte Arnould en donne une tout autre interprétation : elle explique que ces messages ne traduisaient pas son état intérieur et qu’elle cherchait à gérer une situation d’emprise et à éviter une confrontation directe.
Enfin, les avocats entendent exploiter ce qu’ils considèrent comme des variations ou des fragilités dans les différentes déclarations de la plaignante. Mais cet argument se heurte directement à l’analyse de la magistrate instructrice. Selon des éléments de l’ordonnance de mise en accusation obtenus par l’AFP, celle-ci a au contraire considéré les déclarations de Charlotte Arnould comme « claires et précises » depuis sa première plainte et estimé qu’elles étaient corroborées par la vidéosurveillance. La juge a, en revanche, qualifié de fluctuantes certaines déclarations de Gérard Depardieu.
C’est donc un dossier particulièrement intéressant parce qu’il ne repose pas seulement sur la question simpliste de savoir si une relation physique a existé : celle-ci n’est plus réellement au centre du débat. La question fondamentale est celle du consentement et, surtout, de la manière dont il peut ou non être déduit d’un comportement. Un baiser, l’absence de cris, le retour chez une personne quelques jours plus tard ou un SMS affectueux prouvent-ils un consentement à des actes sexuels précis ? Pour la défense de Gérard Depardieu, l’accumulation de ces éléments crée au minimum un doute suffisant pour qu’aucune charge criminelle ne soit retenue. Pour Charlotte Arnould, son avocate, le parquet et la juge d’instruction, ces comportements peuvent au contraire coexister avec une situation de sidération et d’emprise.
Le parquet général demande d’ailleurs la confirmation du renvoi de Gérard Depardieu devant la cour criminelle. Me Carine Durrieu Diebolt, avocate de Charlotte Arnould, accuse pour sa part les nouveaux conseils de l’acteur de poursuivre une stratégie de « dénigrement de la victime ». La décision de la chambre de l’instruction doit être rendue ultérieurement. À ce stade, ni les arguments de la défense ni ceux de la partie civile ne constituent une décision définitive sur la culpabilité de Gérard Depardieu : c’est précisément la question de savoir si ces éléments doivent être débattus au cours d’un procès qui est aujourd’hui entre les mains de la justice.
