Son programme politique est assez simple : dormir, se promener et visiter ses administrés.
Chaque jour, Huxley parcourt la petite artère principale de White Salmon. Il entre dans les cafés, les commerces, les bars, la librairie et même l’hôtel de ville. Plusieurs établissements ont installé spécialement pour lui des paniers, des bols d’eau ou des endroits où dormir. Au Tarwater Tavern, l’un de ses lieux favoris, un coussin porte même l’inscription indiquant que la place est réservée au chat.
La vraie maire de White Salmon reconnaît elle-même qu’Huxley fait désormais partie de l’identité de la ville. Il lui arrive d’ailleurs de venir se reposer directement sur son bureau à la mairie. Lorsqu’il traverse le centre-ville, les habitants le saluent comme une célébrité. Certains demandent simplement dans les commerces : « Le maire est-il là ? »
L’histoire est devenue suffisamment sérieuse pour que la municipalité elle-même participe à la plaisanterie. Huxley dispose notamment d’une présence officielle sur les réseaux sociaux de la ville. Des cartes postales et des tee-shirts à son effigie sont vendus localement, et un livre de coloriage lui a même été consacré.
La légende locale affirme parfois qu’Huxley aurait véritablement été candidat à la mairie. La réalité est légèrement différente et encore plus sympathique : en 2019, ses propriétaires avaient fabriqué des badges « Huxley for Mayor » afin de récolter de l’argent pour une association venant en aide aux animaux. Lorsque la véritable maire a cherché dans les archives municipales la trace d’une authentique candidature féline, elle n’en a trouvé aucune.
Huxley n’est d’ailleurs pas un chat errant. Ses propriétaires vivent dans le centre-ville et l’ont adopté lorsqu’il avait deux mois. Très rapidement, ils ont compris qu’il serait difficile d’en faire un chat d’intérieur. Une tentative de promenade en laisse s’est soldée par un échec et, encore chaton, Huxley s’est même échappé en sautant d’une fenêtre du deuxième étage. Depuis, il mène sa vie entre son domicile et les commerces du quartier.
Avec l’âge, une seule règle est désormais impérative : ne pas le nourrir. Huxley suit un régime particulier pour raisons médicales et porte donc autour du cou une médaille précisant : « Je ne suis pas perdu. Ne me nourrissez pas. » Une recommandation devenue assez cocasse lorsqu’elle concerne celui que toute une ville appelle son maire.
Mais derrière l’anecdote se cache quelque chose de plus touchant. White Salmon s’est profondément transformée ces dernières années avec l’arrivée du tourisme, de nouveaux habitants aisés et la hausse du coût du logement. Dans une ville où les changements créent parfois des tensions, Huxley est devenu un improbable point commun entre anciens et nouveaux habitants.
Personne ne sait exactement qui a commencé à l’appeler « le maire ». Et finalement, cela n’a plus beaucoup d’importance.
À White Salmon, lorsqu’on cherche Huxley, quelqu’un répond presque toujours qu’il vient juste de passer.
Le maire a simplement un agenda très chargé.
Et il est probablement parti faire la sieste.
