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La moule française va mal. Et pour une fois, ce n’est pas une formule destinée à faire cliquer.

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La moule française va mal. Et pour une fois, ce n'est pas une formule destinée à faire cliquer.

Après un été 2026 marqué par des vagues de chaleur à répétition, la mytiliculture française sort sérieusement fragilisée. Dans certaines zones de production, les mortalités ont été importantes et les professionnels parlent de pertes considérables. L’idée d’une production amputée d’environ un quart circule dans la filière, même si ce chiffre doit encore être considéré avec prudence : aucun bilan national définitif ne permet aujourd’hui d’affirmer que 25 % de toutes les moules françaises ont disparu.

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Mais le problème dépasse largement le chiffre précis de cette année.

Car la moule française était déjà en difficulté avant la canicule.

En 2022, la France produisait environ 58 100 tonnes de moules. En 2023, la production était descendue à 54 531 tonnes. En 2024, elle n’était plus que de 48 775 tonnes, soit encore 11 % de baisse en une seule année. La tendance était donc déjà installée avant l’été exceptionnel que nous venons de connaître. (Agreste)

Et l’été 2026 n’a évidemment rien arrangé.

Entre la mi-juin et la fin août, la France métropolitaine a connu 53 jours de vagues de chaleur. Du jamais-vu à cette échelle. Juillet 2026 a même été présenté comme le mois de juillet le plus chaud jamais mesuré en France depuis le début des relevés au début du XXe siècle. (Insee)

Or une moule n’a pas de parasol, pas de climatisation et surtout très peu de possibilités pour fuir.

Fixée sur son bouchot, sur une corde ou dans une zone d’élevage, elle subit directement les variations de température de l’eau, les périodes d’émersion à marée basse, le manque d’oxygène, les changements de salinité et la disponibilité de nourriture.

Lorsque l’eau devient trop chaude, son métabolisme s’accélère. Elle respire davantage, dépense plus d’énergie et finit par s’épuiser. Dans les milieux peu profonds, le phénomène peut devenir particulièrement brutal : eau très chaude, oxygène qui diminue, organisme déjà affaibli et mortalités en chaîne.

L’étang de Thau, dans l’Hérault, constitue à cet égard un véritable laboratoire grandeur nature de ce qui pourrait attendre une partie de la conchyliculture française.

Début juillet 2026, dans une expérience menée par des chercheurs de l’Ifremer, près de 20 % des moules placées dans des bassins alimentés avec l’eau de la lagune à température ambiante étaient déjà mortes. Dans les bassins volontairement davantage chauffés, il ne restait pratiquement plus de survivantes. (Le Monde.fr)

Plus inquiétant encore : les travaux scientifiques réalisés sur cette zone ne parlent plus seulement d’une mauvaise année. Ils interrogent tout simplement la capacité de la moule à continuer à être élevée durablement dans certains secteurs méditerranéens si la température de l’eau poursuit son augmentation et si l’acidification s’accentue. (Le Monde.fr)

Ce qui était autrefois considéré comme un épisode exceptionnel risque donc progressivement de devenir un problème structurel.

La France connaît parfaitement ce scénario.

Après la canicule de 2003, une expertise sur les élevages de moules du littoral charentais avait déjà constaté des disparitions extrêmement importantes de la ressource : jusqu’à 66 % dans le secteur de Marsilly-Esnandes et 43 % dans celui de la baie d’Yves et de l’île d’Aix. Les scientifiques avaient alors identifié la chaleur, la sécheresse et des températures de l’eau dépassant 25 degrés parmi les facteurs susceptibles d’avoir poussé les moules aux limites de leur résistance. (OIEau)

Vingt-trois ans plus tard, le problème revient avec une différence essentielle : les épisodes extrêmes tendent à se rapprocher.

C’est là que commence la véritable inquiétude des mytiliculteurs.

Une exploitation peut éventuellement absorber une mauvaise saison. Elle peut parfois survivre à deux. Mais un modèle économique devient beaucoup plus difficile à maintenir lorsque les épisodes de mortalité, les aléas de captage, les parasites, les maladies, les tempêtes et désormais les chaleurs extrêmes commencent à se superposer.

La moule française représente pourtant bien davantage qu’une casserole posée sur la table d’un restaurant de bord de mer.

C’est une filière, des entreprises souvent familiales, des emplois et un patrimoine gastronomique et maritime. La Bretagne Nord et la Normandie-Mer du Nord figurent notamment parmi les principaux bassins français de production. La moule de bouchot est aussi devenue un produit fortement identifié à certains territoires.

Et le marché français ne peut déjà pas fonctionner uniquement avec sa production nationale.

En 2023, la France avait produit 54 531 tonnes de moules alors que sa consommation apparente de moules fraîches était estimée à plus de 93 000 tonnes. Près de 39 000 tonnes avaient été importées, principalement d’Espagne, des Pays-Bas et du Royaume-Uni. (Observatoire des Prix et Marges)

Si la production française continue de diminuer, l’une des conséquences est donc assez facile à prévoir : nous mangerons toujours des moules, mais elles seront de moins en moins françaises.

L’avenir de la filière passera probablement par plusieurs adaptations simultanées.

Il faudra mieux sélectionner les souches capables de supporter des températures élevées, modifier certaines périodes d’élevage, surveiller beaucoup plus finement la température et l’oxygénation des eaux, éventuellement déplacer certaines productions et repenser les techniques selon les régions.

Il faudra surtout accepter une évidence assez désagréable : on ne peut pas demander indéfiniment à une espèce adaptée à certaines conditions naturelles de continuer exactement de la même manière lorsque ces conditions changent.

La question n’est donc pas réellement de savoir si la moule française va disparaître dans cinq ans. Elle ne va probablement pas disparaître.

La vraie question est de savoir où nous pourrons encore la produire, à quel prix, dans quelles quantités et avec quelle régularité.

Certaines régions atlantiques ou de Manche pourraient conserver longtemps des conditions plus favorables quand des zones méditerranéennes deviendraient beaucoup plus compliquées. La carte française de la mytiliculture pourrait ainsi progressivement se déplacer.

Et derrière cette histoire de moules se cache finalement quelque chose de beaucoup plus vaste.

Le changement climatique n’est plus seulement une courbe projetée pour 2050 ou 2100. Il commence à modifier très concrètement ce qu’il y a dans nos assiettes, les endroits où nous pouvons le produire et le prix auquel nous pourrons l’acheter.

La moule est un petit animal plutôt discret.

Mais lorsqu’elle commence à mourir par millions parce que l’eau devient trop chaude, elle nous raconte peut-être assez précisément ce qui est en train de changer.

Et il serait assez dommage d’attendre que la dernière moule soit cuite pour constater que l’eau chauffait.

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