Car 2 339 euros, nous ne sommes plus vraiment dans le prix d’un téléphone. Nous sommes dans celui d’un bon ordinateur portable, d’un boîtier photo sérieux, d’un voyage, de plusieurs mois de courses pour certains foyers ou tout simplement d’une très grosse dépense qu’une grande partie de la population ne peut plus raisonnablement envisager. Et encore : 2 339 euros, c’est l’entrée de gamme. On passe à 2 589 euros pour 512 Go, 3 089 euros pour 1 To et carrément 3 839 euros pour 2 To. À ce niveau-là, le smartphone devient presque un objet de joaillerie technologique.
Soyons néanmoins justes : l’iPhone Duo n’est pas simplement un iPhone que l’on aurait coupé en deux avec une charnière au milieu. Apple a manifestement beaucoup travaillé le concept. Une fois ouvert, l’appareil permet d’utiliser deux applications simultanément, de profiter d’une surface proche d’une petite tablette, de regarder une vidéo beaucoup plus confortablement ou de travailler dans des conditions inédites sur un iPhone. Il embarque la puce A20 Pro, deux caméras Fusion de 48 mégapixels et un système à deux batteries. Apple annonce jusqu’à 31 heures de lecture vidéo sur l’écran intérieur et 44 heures sur l’écran extérieur.
Le travail réalisé sur la pliure semble également impressionnant. Les premiers journalistes ayant pu manipuler l’appareil remarquent que la marque a réussi à rendre la démarcation centrale particulièrement discrète. C’était précisément l’un des défauts historiques des téléphones pliables. Apple arrive très tard sur ce marché, Samsung en fabrique depuis 2019, mais applique une recette qu’elle connaît parfaitement : laisser les autres essuyer les plâtres, observer pendant plusieurs années, puis arriver lorsque la technologie devient suffisamment mature pour proposer sa propre interprétation.
Mais il ne faudrait pas transformer cette maîtrise industrielle en révolution absolue. Samsung, Honor, Huawei, Google, Oppo et d’autres fabriquent déjà des smartphones pliables depuis longtemps. Même techniquement, l’iPhone Duo n’écrase pas systématiquement ses concurrents. Il pèse environ 254 grammes, reste relativement épais lorsqu’il est fermé et ne dispose même pas du véritable téléobjectif des iPhone Pro. À plus de 2 300 euros, l’absence de certaines fonctions photographiques du haut de gamme traditionnel d’Apple peut difficilement être considérée comme un détail.
La vraie question devient alors : à quoi sert-il ?
Pour certains professionnels, créateurs, gros consommateurs de vidéo ou utilisateurs qui veulent réellement remplacer à la fois leur téléphone et une petite tablette, l’iPhone Duo peut avoir du sens. Pour les autres, le bénéfice paraît beaucoup plus discutable. On pourra continuer à envoyer des messages, photographier son chat, consulter Instagram, regarder Google Maps ou téléphoner exactement comme on le faisait avec un appareil coûtant deux ou trois fois moins cher.
C’est là que le nouvel iPhone devient intéressant comme objet sociologique. Depuis quelques années, le smartphone haut de gamme glisse progressivement du produit technologique vers le produit de luxe. Les performances progressent encore, bien sûr, mais les écarts entre générations sont devenus tellement faibles pour les usages quotidiens que les fabricants doivent inventer de nouveaux territoires de désir. Après les écrans toujours plus grands, les appareils photo toujours plus nombreux et les matériaux toujours plus nobles, voici donc le téléphone qui se déplie.
Et Apple sait parfaitement ce qu’elle fait. À 2 339 euros, l’iPhone Duo n’a probablement pas besoin d’être vendu à tout le monde. Il doit d’abord faire rêver, être photographié, apparaître dans les mains de ceux qui veulent posséder immédiatement le dernier objet impossible. C’est le principe même du produit statutaire : son prix excessif participe presque à son désir.
Il faut également reconnaître quelque chose à Apple : lorsqu’elle entre dans une catégorie, elle peut contribuer à la faire sortir de sa niche. Les smartphones pliables représentent encore une petite fraction du marché mondial. L’arrivée de l’iPhone pourrait pousser les développeurs à mieux adapter leurs applications aux grands écrans pliants et accélérer considérablement l’adoption du format. C’est probablement beaucoup plus important à long terme que les ventes de cette première génération.
Alors, que penser de l’iPhone Duo ?
Que c’est certainement un magnifique objet. Que technologiquement, il donne enfin un peu de spectacle à un marché du smartphone devenu terriblement prévisible. Que l’idée d’avoir dans sa poche un appareil capable de devenir en quelques secondes une petite tablette est séduisante.
Mais également que 2 339 euros pour un téléphone restent 2 339 euros pour un téléphone.
On peut admirer l’objet sans perdre tout sens critique devant la pomme.
Et peut-être que la véritable bonne idée sera d’attendre deux ou trois générations. Le jour où cette technologie autrefois réservée à quelques passionnés fortunés deviendra plus légère, plus robuste et surtout beaucoup moins chère, l’iPhone pliable pourra réellement devenir intéressant.
Pour l’instant, l’iPhone Duo ressemble surtout à un formidable laboratoire technologique vendu au prix d’un objet de luxe.
Un laboratoire magnifique, certes.
Mais à 2 339 euros l’entrée.
