Éditorial

Donald Trump : l’homme qui croit que tout s’achète, même les électeurs

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Donald Trump : l'homme qui croit que tout s'achète, même les électeurs

Donald Trump a quelque chose de fascinant. Pas au sens admiratif du terme. Fascinant comme peut l’être un personnage qui pousse une logique tellement loin qu’il finit par en devenir la caricature.

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Chez lui, presque tout semble pouvoir être traduit dans une seule langue : celle de l’argent.

Combien ça coûte ? Combien ça rapporte ? Combien vaut cet homme, cette entreprise, cette relation ? Combien faut-il mettre sur la table pour obtenir ce que l’on veut ?

Et maintenant, jusque dans le rapport aux électeurs, apparaît cette idée extraordinairement révélatrice : si l’adhésion ne vient plus naturellement, peut-être suffit-il de la provoquer financièrement.

Comme si un bulletin de vote pouvait devenir une transaction supplémentaire.

Au fond, ce n’est même plus une question de droite ou de gauche. C’est une conception du monde : chaque chose posséderait un prix et celui qui possède suffisamment d’argent finirait nécessairement par obtenir ce qu’il désire.

L’argent achète évidemment énormément de choses. Le confort, le temps, les voyages, les maisons, les services, les avocats, les conseillers, la communication, la visibilité. Il peut acheter des sourires, des applaudissements et une armée de courtisans pour vous expliquer du matin au soir que vous êtes formidable.

Mais il existe une frontière.

Et c’est derrière cette frontière que commencent les choses intéressantes.

L’argent peut acheter une compagnie. Pas une amitié.

Il peut acheter du sexe. Pas le désir.

Une cérémonie grandiose. Pas l’amour.

Une armée de communicants. Pas la sincérité.

Une audience. Pas l’admiration.

De la publicité. Pas du talent.

Des œuvres d’art. Pas un regard d’artiste.

Une immense maison. Pas la sensation d’être chez soi.

Et il peut éventuellement influencer un électeur. Il ne peut pas acheter une conviction.

C’est peut-être cela que les hommes obsédés par l’argent ont le plus de mal à comprendre : certains êtres humains ne veulent rien leur vendre.

Ni leur affection.

Ni leur fidélité.

Ni leur opinion.

Ni leur conscience.

Voilà pourquoi Trump m’intéresse finalement moins comme homme politique que comme symptôme.

Il incarne à l’extrême une époque qui a appris à mettre un chiffre partout. Notre salaire mesure notre réussite. Le prix d’un appartement mesure un quartier. Le nombre d’abonnés mesure une influence. Le nombre de vues mesure un succès. La cote mesure un artiste. Le classement mesure un écrivain. La fortune mesure un entrepreneur.

Même notre attention est devenue une marchandise. Nous passons notre temps à compter. Et à force de compter, nous risquons d’oublier ce qui compte.
Car les moments les plus importants d’une existence sont souvent économiquement insignifiants.

Un fou rire avec quelqu’un que l’on aime. Une conversation à trois heures du matin. Une main posée sur une épaule au moment où tout s’effondre. Une photographie que personne n’achètera mais que vous deviez absolument faire. Une chanson entendue au bon moment. Quelqu’un qui reste alors qu’il pourrait partir. Quelqu’un qui vous dit la vérité alors qu’il aurait tout intérêt à mentir.

Tout cela ne vaut rien sur un marché. Et pourtant, tout cela vaut parfois une vie.

C’est probablement pour cette raison que cette vision trumpienne du monde m’est si étrangère.

Je fonctionne presque exactement à l’envers. Plus une chose peut facilement s’acheter, moins elle m’impressionne. Une montre à 100 000 euros ? Il suffit d’avoir 100 000 euros.

Une voiture à 300 000 ? Même principe.

Mais être aimé sincèrement ? Être respecté lorsque l’on n’a plus rien à offrir ? Créer quelque chose que personne n’avait imaginé avant vous ? Conserver un ami pendant trente ans ? Rester libre lorsque tout vous encourage à vous vendre ?

Là, l’argent devient soudain parfaitement inutile.

Et c’est formidable.

Parce qu’il reste ainsi quelque chose que les milliardaires ne pourront jamais posséder davantage que nous.

On ne peut pas ordonner à quelqu’un de nous aimer. On ne peut pas acheter le talent. On ne peut pas négocier la grâce. On ne peut pas commander la fidélité.
On ne peut pas signer un chèque pour obtenir une conscience.

Alors non, Donald. Tout ne s’achète pas. Et heureusement.

Parce que je crois même exactement l’inverse de toi : les choses auxquelles je donne le plus de valeur sont précisément celles sur lesquelles personne ne pourra jamais coller une étiquette avec un prix.

Ce sont elles qui nous restent lorsque le marché ferme.

Et ce sont probablement les seules qui comptent vraiment.

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