Dessiner, c’est demeurer assez longtemps
auprès d’une chose pour assister à sa
naissance.
Mais il arrive aussi que je reste auprès d’elle au
moment où elle disparaît.
Certaines choses ne font que passer. Une couleur
se modifie, une tension de défait, une forme se
déplace à peine. Rien n’annonce que cet état ne
reviendra jamais.
Je pourrais ne pas le voir.
Le dessin commence aussi là : dans l’attention
portée à ce qui change sans chercher à le retenir.
L’écriture procède parfois du même geste.
Donner du temps à ce qui s’efface. Ne pas
interrompre sa disparition, ne pas chercher à en
conserver la forme. Rester assez près pour que
son passage ait une durée.
Sur la nappe, une tache de vin s’est
lentement étendue pendant que les
conversations continuaient. À présent, elle ne
bouge plus. Personne n’a remarqué son
avancée silencieuse dans le tissu.
Je la regarde une dernière fois.
Elle porte maintenant la forme exacte de
son passage.
L’attention ne retient pas ce qui se passe. Elle lui
donne le temps d’avoir été là.
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