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« Mars Murder » : un meurtre sur Mars, deux milliardaires et l’humanité toujours aussi absurde

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« Mars Murder » : un meurtre sur Mars, deux milliardaires et l'humanité toujours aussi absurde

On imaginait que le premier pas de l’homme sur Mars entrerait dans l’Histoire. On avait peut-être oublié qu’il suffirait de quelques humains supplémentaires pour que débarquent avec eux les rivalités, l’argent, la communication, la télévision et, fatalement, le crime.

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C’est précisément le terrain de jeu de Mars Murder, la nouvelle création de Nicolas Rendu, annoncée comme la première comédie policière martienne réalisée avec des figurines et des décors fabriqués à la main dans l’univers du stop motion.

Le point de départ est formidablement simple : juste à côté de l’empreinte laissée par le premier humain ayant marché sur Mars, une jeune femme est retrouvée assassinée. Pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de la fille d’Evelyne Xurk, milliardaire à la tête d’une colonie baptisée EQUALITIX.

Très vite, les regards se tournent vers Brandon More, autre milliardaire installé sur la planète rouge, qui a créé au même moment sa propre colonie concurrente, MARS & MORE.

Même à plusieurs dizaines de millions de kilomètres de la Terre, la concurrence reste donc la concurrence.

Les deux camps se livrent depuis leur arrivée une bataille féroce. Derrière les beaux discours sur la conquête spatiale et l’avenir de l’humanité se cache un objectif beaucoup plus terrestre : rentabiliser les investissements et convaincre un maximum de Terriens de venir s’installer sur Mars.

Et puisque vendre Mars comme nouvelle destination idéale n’est finalement pas si différent de vendre une résidence de vacances, les colonies deviennent une immense émission de télé-réalité.

Tout est filmé, raconté, mis en scène.
La conquête spatiale rencontre le marketing.
La science rencontre le spectacle.
Et au milieu de cette formidable opération de communication, quelqu’un vient de tuer la fille d’une milliardaire.

C’est là que Mars Murder trouve manifestement son ton : utiliser les codes du polar et de la science-fiction pour parler de notre époque sans avoir besoin de rester sur Terre.
Car derrière les combinaisons spatiales, les paysages rouges et les petits personnages fabriqués à la main, ce sont bien nos obsessions contemporaines qui apparaissent : milliardaires mégalomanes, compétition économique, privatisation de l’espace, communication permanente, quête d’audience et transformation de pratiquement tout événement humain en spectacle.

Le communiqué de présentation résume d’ailleurs le projet avec une formule difficile à améliorer : où qu’elle soit, « l’humanité fait bel et bien n’importe quoi ».
Et c’est sans doute là que le projet devient plus intéressant qu’une simple parodie martienne.

Depuis quelques années, l’idée que des entrepreneurs privés puissent jouer un rôle essentiel dans la conquête de Mars n’appartient plus totalement à la science-fiction. Mars Murder pousse simplement cette logique jusqu’à l’absurde : imaginons que deux milliardaires parviennent réellement à créer leurs colonies. Combien de temps faudrait-il avant que la guerre commerciale, les coups bas et le spectacle médiatique les suivent ?
Apparemment, pas très longtemps.

La forme choisie participe évidemment beaucoup à l’identité du projet. Les images présentées dans le dossier de presse montrent un Mars miniature construit comme un véritable plateau de cinéma : paysages rocheux, modules d’habitation, astronautes en figurines, véhicules et scènes entièrement composées. L’ensemble revendique clairement le plaisir du décor fabriqué et du monde miniature plutôt qu’une esthétique numérique froide.

Ce choix n’est pas anodin lorsque l’on connaît le parcours de Nicolas Rendu.
Réalisateur et scénariste, il développe depuis longtemps des histoires et des concepts utilisant jouets et objets, avec un goût prononcé pour l’absurde. Il est notamment le créateur de Tout est vrai ou presque et de Pigeons & Dragons pour Arte.
Avec Mars Murder, il semble donc pousser encore plus loin cette manière de raconter le monde : prendre quelque chose de volontairement miniature pour parler de sujets qui, eux, ne le sont pas du tout.
Le paradoxe fonctionne parfaitement.

Mars représente habituellement la grandeur, l’aventure scientifique, la conquête d’un nouveau monde et peut-être même l’avenir de l’humanité.
Nicolas Rendu y installe immédiatement un meurtre, deux milliardaires concurrents et une gigantesque télé-réalité.
On rêvait d’une nouvelle civilisation.

Nous voilà déjà avec des actionnaires, de la communication et un cadavre.
Finalement, la véritable question de Mars Murder n’est peut-être pas de savoir qui a tué la fille d’Evelyne Xurk.

Elle serait plutôt celle-ci : si l’homme parvient un jour à quitter la Terre, réussira-t-il également à laisser derrière lui tout ce qui la rend parfois complètement folle ?
Au vu du programme, la réponse risque d’être réjouissante.

Mars Murder, de Nicolas Rendu, est annoncé pour le 25 septembre 2026, au prix de 19,90 euros, pour 128 pages.

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