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Ces enfants qui ne disent pas bonjour ne sont pas forcément malpolis

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Ces enfants qui ne disent pas bonjour ne sont pas forcément malpolis

Il suffit parfois de quelques secondes pour qu’un enfant soit jugé. Un adulte arrive, sourit, lance un « bonjour », et l’enfant ne répond pas. Il détourne les yeux, se cache derrière son parent, continue à jouer ou reste parfaitement silencieux. Aussitôt tombe le verdict : « Il pourrait quand même dire bonjour. »

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Et pourtant, ne pas dire bonjour n’est pas nécessairement un signe d’impolitesse.

Dire bonjour nous paraît extrêmement simple parce que nous avons automatisé ce comportement. Pour un enfant, il s’agit d’une opération sociale beaucoup plus complexe : remarquer l’arrivée d’une personne, comprendre qu’une réponse est attendue, interrompre ce qu’il est en train de faire, identifier la bonne formule, éventuellement regarder l’adulte et parler suffisamment fort pour être entendu. Tout cela doit parfois être accompli en quelques secondes.

Chez certains enfants, cette mécanique sociale fonctionne spontanément. Chez d’autres, elle demande davantage de temps.

Il y a d’abord la timidité. Un enfant peut parfaitement connaître les règles de politesse et être momentanément incapable de les appliquer face à quelqu’un qu’il connaît peu. Plus l’adulte insiste — « Alors ? Tu ne dis pas bonjour ? » — plus la situation risque de devenir difficile. Ce qui devait être une salutation devient une petite épreuve publique.

Il y a aussi le tempérament. Certains enfants observent avant d’entrer en relation. Ils ont besoin de quelques minutes pour évaluer une personne, une voix, une situation ou un nouvel environnement. Ils ne refusent pas nécessairement l’autre : ils prennent leur temps avant de s’engager dans l’interaction.

Chez certains enfants autistes ou présentant d’autres particularités neurodéveloppementales, les conventions sociales peuvent être vécues différemment. Le contact visuel peut être inconfortable, l’arrivée soudaine d’une personne peut nécessiter un temps d’adaptation, ou la nécessité même de prononcer une formule rituelle peut sembler peu évidente. Un enfant peut apprécier profondément quelqu’un sans manifester cette affection selon les codes sociaux attendus.

L’anxiété peut également jouer un rôle considérable. Dans certaines situations, notamment lorsqu’un enfant présente un mutisme sélectif, parler ne relève même plus d’un simple choix. L’enfant peut parler normalement dans un environnement où il se sent en sécurité et devenir incapable de prononcer quelques mots dans un autre contexte. Lui ordonner de parler ne résout alors rien et peut renforcer son anxiété.

Il existe enfin quelque chose que les adultes oublient facilement : les enfants n’ont pas tous envie d’entrer immédiatement en interaction avec les personnes que nous leur présentons. Nous leur demandons souvent une disponibilité sociale que nous n’exigeons même pas toujours de nous-mêmes.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille renoncer à leur apprendre la politesse.

Apprendre à dire bonjour est utile. Saluer quelqu’un signifie reconnaître sa présence et constitue l’un des petits codes permettant de vivre ensemble. Les parents peuvent donc continuer à montrer l’exemple, expliquer pourquoi on salue les autres et encourager progressivement leur enfant.

Mais apprendre une règle n’oblige pas à transformer chaque manquement en faute morale.

Un parent peut simplement dire « Bonjour Madame » devant son enfant et lui laisser la possibilité d’imiter ce comportement. Il peut lui rappeler tranquillement la règle plus tard, loin du regard des autres. Selon l’âge et la situation, on peut également accepter temporairement d’autres formes de salutation : un sourire, un signe de la main ou simplement le fait de reconnaître la présence de l’autre.

Surtout, mieux vaut éviter le fameux : « Dis bonjour ! »

Parce qu’à cet instant le bonjour perd précisément ce qu’il était censé transmettre. Il ne devient plus un geste de reconnaissance de l’autre, mais une démonstration d’obéissance effectuée sous surveillance.

Et il existe un paradoxe assez savoureux dans cette obsession adulte pour la politesse : nous pouvons humilier publiquement un enfant afin de lui apprendre à respecter les autres.

Un enfant silencieux devant un inconnu n’est donc pas nécessairement insolent, mal élevé ou capricieux. Il peut être intimidé, anxieux, absorbé, débordé par la situation, avoir besoin d’observer avant de parler ou simplement être encore en train d’apprendre les règles extrêmement sophistiquées de notre théâtre social.

La politesse s’enseigne.

La relation, elle, ne se commande pas.

Et parfois, respecter un enfant commence précisément par lui laisser quelques secondes avant d’exiger de lui qu’il nous dise bonjour.

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