Je me réveille avec des images.
Je marche avec des images.
Je regarde avec des images.
Je pense avec des images.
Les formes arrivent avant les mots.
Les couleurs avant les explications.
Les correspondances avant les raisonnements.
Une ligne se détache. Une couleur insiste. Deux
formes éloignées se répondent. Une matière
appelle un rythme.
Je ne décide pas de cela.
Cela arrive.
Je n’ai pas à chercher la relation entre deux
formes. Je la vois. Je n’ai pas à décider qu’une
couleur doit être là. Elle s’impose. Je n’ai pas à
comprendre ce qui est en train de se construire
pour continuer.
Et pourtant, cet qui paraît simple peut me
demander une énergie immense.
Comprendre une consigne. Suivre un horaire.
Répondre au bon moment. Saisir ce qui n’est pas
dit. Deviner ce qui est attendu. Accomplir toutes
ces opérations minuscules dont l’effort reste
invisible.
Je lutte pour comprendre.
Je lutte pour suivre.
Je lutte pour m’adapter.
Je peux être épuisée avant même que la
journée commence.
Alors que créer ne me coûte rien.
Absolument rien.
C’est cela qui est difficile à expliquer.
Ce qui paraît complexe ne l’est pas
nécessairement pour moi.
Ce qui paraît simple ne l’est pas davantage.
Les difficultés et les capacités ne se trouvent
pas aux endroits où on les attend.
Le lieu où je suis la plus compétente est aussi
le lieu où je fais le moins d’effort.
Lorsque je dessine, je n’ai pas à rejoindre quelque
chose qui serait ailleurs. Je n’ai pas à chercher
comment entrer. Je n’ai pas à ajuster ce qui arrive
à une règle que je ne perçois pas.
Une ligne appelle une ligne.
Une forme déplace une autre forme.
Une couleur modifie l’ensemble.
Je suis déjà dans ce mouvement.
Ce n’est pas de la facilité.
La facilité supposerait une difficulté surmontée.
Ici, quelque chose d’autre est à l’oeuvre.
Je ne fais pas moins d’efforts pour dessiner.
L’effort n’est pas l’endroit d’où je dessine.
