Santé-Bien être

Pénuries de médicaments : les Français préfèrent payer plus cher plutôt que ne plus pouvoir se soigner

🌍 READ THIS ARTICLE IN ENGLISH →

On parle souvent des pénuries de médicaments comme d’un problème technique, d’un accident de production, d’un retard de livraison ou d’un mauvais ajustement des stocks. Le problème est devenu beaucoup plus concret. Un Français sur trois affirme avoir été confronté, pour lui-même ou pour un proche, à une pénurie de médicament au cours des douze derniers mois.

🎧 Écouter cet article
Cliquez sur « Lire » pour écouter l’article.

Et lorsque le médicament manque, les conséquences ne se limitent pas à une contrariété au comptoir de la pharmacie. Certes, dans 73 % des cas concernés, il a fallu chercher dans plusieurs officines. Mais 12 % disent avoir dû interrompre temporairement leur traitement, 9 % l’avoir commencé plus tard que prévu et 6 % l’avoir arrêté. Au total, plus d’une personne touchée sur quatre a donc vu son traitement retardé, interrompu ou stoppé. Le phénomène frappe d’ailleurs plus durement les revenus inférieurs à 2 500 euros par mois : 32 % ont subi une modification du traitement, contre 19 % parmi les revenus supérieurs.

La conséquence psychologique est tout aussi nette. Parmi les personnes ayant connu une pénurie, 73 % disent s’être inquiétées pour leur santé ou celle du proche concerné. Et cette peur déborde désormais largement ceux qui en ont directement fait l’expérience : 58 % de l’ensemble des Français craignent qu’un médicament dont ils ont besoin devienne un jour indisponible. Chez ceux qui ont déjà vécu une pénurie, cette inquiétude atteint 84 %.

Mais le résultat le plus intéressant est peut-être ailleurs. Pendant des années, la politique du médicament a largement été pensée autour du prix, de la maîtrise des dépenses et de la recherche permanente du coût le plus bas. Or lorsqu’on demande aux Français de choisir, ils placent très clairement la disponibilité avant l’économie immédiate. 81 % privilégient la garantie de pouvoir disposer des médicaments matures essentiels plutôt que le maintien de leur prix actuel. Parmi eux, 39 % veulent en plus que cette disponibilité soit accompagnée d’une production au minimum européenne.

Le message est encore plus spectaculaire lorsqu’on évoque directement l’argent. 77 % se déclarent favorables à ce que l’Assurance maladie paie certains de ces médicaments un peu plus cher si cette hausse est strictement conditionnée à des engagements de production, de stocks et de disponibilité. Ils sont également 76 % à accepter un prix supérieur lorsque le médicament est produit en France ou dans l’Union européenne. Autrement dit, la souveraineté sanitaire n’est plus seulement une formule répétée dans les discours politiques : une large majorité accepte qu’elle ait un coût.

Ce consentement n’est pourtant pas illimité. Pour une boîte dont le prix moyen est d’environ dix euros, 25 % refusent tout surcoût, 27 % accepteraient jusqu’à un euro supplémentaire, 37 % entre un et deux euros et seulement 11 % davantage. Le compromis apparaît donc assez clair : oui à une dépense supplémentaire, mais à condition qu’elle reste mesurée, qu’elle soit prise en charge par l’Assurance maladie et surtout qu’elle produise quelque chose de tangible en retour : des médicaments disponibles.

Neuf Français sur dix considèrent désormais que la préservation de ces médicaments anciens, éprouvés et indispensables doit être une priorité du système de santé, dont 57 % une priorité absolue. Et 63 % considèrent ces traitements comme un véritable patrimoine thérapeutique du quotidien qu’il faut préserver, même au prix d’un effort financier collectif limité.

On touche ici à quelque chose qui dépasse largement la seule question économique. Pendant des décennies, le médicament ancien et peu coûteux a presque été considéré comme acquis, comme s’il devait continuer d’exister éternellement simplement parce qu’il existait déjà. Mais une molécule éprouvée, efficace et indispensable peut aussi devenir fragile économiquement, industriellement et logistiquement. Et lorsque sa production disparaît ou que ses stocks deviennent insuffisants, son prix théorique n’a soudain plus beaucoup d’importance.

La question est finalement presque brutale : à quoi sert un médicament bon marché s’il n’existe plus au moment où le malade en a besoin ? Pendant longtemps, nous avons voulu une santé moins chère. Les Français semblent désormais demander quelque chose de beaucoup plus élémentaire, une santé qui fonctionne.

Vous réagissez à cet article

Votre réaction

« Pénuries de médicaments : les Français préfèrent payer plus cher plutôt que ne plus pouvoir se soigner »

Votre nom, votre e-mail et votre message concernent uniquement l’article affiché ci-dessus. L’e-mail n’est pas publié.

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Certains articles du Mague bénéficient d’un éclairage ponctuel et maîtrisé de l’intelligence artificielle.

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.
Facebook X Threads Copier pour Instagram Copier le lien Envoyer par mail
Instagram : lien à coller

Pour une story, une bio ou un message privé : copiez ce lien propre vers l’article.

Instagram ne permet pas toujours le partage direct d’une page web : ce bouton prépare le lien à coller en story, bio ou message.
Continuer sur Le Mague

À lire aussi sur Le Mague

Les plus lus en ce moment