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Italie : il construit un faux théâtre antique et fait payer 40 euros l’entrée

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Italie : il construit un faux théâtre antique et fait payer 40 euros l'entrée

Sur les collines d’Arcugnano, près de Vicence, un spectaculaire théâtre de pierre semblait avoir traversé les siècles. Gradins monumentaux, colonnes, statues, bassin cérémoniel : tout paraissait raconter une histoire vieille de deux mille ans.

En réalité, le site était presque aussi récent que les téléphones portables des touristes venus le photographier.

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Son créateur, Franco Malosso, qui aimait se faire appeler Franz Von Rosenfranz, avait entièrement fabriqué ce prétendu trésor archéologique. Il le présentait comme une découverte exceptionnelle réunissant des vestiges du Néolithique, de la Grèce antique et de l’époque romaine.

Un étonnant résumé de plusieurs millénaires d’histoire concentré sur une seule colline.

L’Antiquité fabriquée à la main

Pour donner l’illusion du temps, des blocs de pierre modernes avaient été empilés, travaillés puis artificiellement vieillis. Les colonnes étaient en ciment, les statues en plâtre et certains éléments décoratifs en fibre de verre ou en papier mâché.

Même le petit lac situé au pied des gradins avait été creusé récemment et recouvert d’une membrane imperméable.

Le décor s’étendait sur près de 5 000 mètres carrés. Suffisamment vaste pour impressionner un visiteur ordinaire et donner au récit inventé une apparence de vérité.

Des visites guidées et des reconstitutions historiques étaient organisées. Le prix d’entrée pouvait atteindre 40 euros. Le prétendu site archéologique avait même réussi à se glisser dans un guide touristique officiel, preuve qu’une fiction suffisamment bien emballée peut finir par être validée par ceux qui devraient normalement la vérifier.

Le théâtre n’était d’ailleurs pas véritablement un amphithéâtre. Un amphithéâtre est une construction fermée ou elliptique, comme le Colisée. Avec sa forme en demi-cercle, celui d’Arcugnano ressemblait plutôt à un théâtre romain. Mais lorsque l’histoire est fausse, autant ne pas se montrer trop exigeant avec le vocabulaire.

Une colline transformée sans autorisation

L’affaire ne concernait pas seulement quelques fausses statues posées dans un jardin privé. Pour construire son décor antique, Franco Malosso avait fait déboiser et transformer une colline située dans une zone protégée.

Les travaux avaient été réalisés sans permis de construire ni autorisation paysagère.

En 2016, les carabiniers spécialisés dans la protection du patrimoine culturel, accompagnés d’experts, ont inspecté les lieux. Il leur a fallu peu de temps pour constater que les pierres antiques étaient modernes, que les colonnes étaient en béton et qu’aucun vestige archéologique authentique n’avait jamais été découvert à cet endroit.

Le site a été saisi et placé sous scellés.

L’un des arguments de la défense consistait à affirmer que le faux était si grossier qu’il ne pouvait tromper personne. La justice italienne n’a pas retenu cette explication. Pour les magistrats, l’ensemble était au contraire suffisamment crédible pour induire en erreur une personne ne possédant pas de connaissances particulières en histoire de l’art ou en archéologie.

Une condamnation et un monument toujours debout

Après une longue bataille judiciaire, Franco Malosso a été condamné définitivement à deux ans et quatre mois de prison ainsi qu’à 3 000 euros d’amende pour construction illégale et contrefaçon d’œuvres d’art.

Son recours a été rejeté par la Cour de cassation italienne en 2021. Après l’échec d’une demande lui permettant d’éviter la détention, il a finalement été incarcéré à Ventimiglia.

La justice a également ordonné la démolition des constructions et la remise en état de la colline. Mais le faux théâtre est toujours debout. Le faire disparaître et restaurer complètement le terrain pourrait coûter plusieurs centaines de milliers d’euros.

Le paradoxe est presque parfait : l’édifice n’a jamais été antique, mais sa démolition risque de prendre assez de temps pour qu’il finisse réellement par devenir ancien.

Une histoire très contemporaine

Cette affaire prête à sourire par son extravagance. Elle révèle pourtant quelque chose de notre époque.

Les visiteurs ne payaient pas seulement pour regarder des pierres. Ils achetaient un récit. Une découverte mystérieuse, un lieu oublié, une histoire plus grande qu’eux. Le décor donnait une forme matérielle à cette légende et le prix du billet contribuait lui-même à la rendre crédible.

Plus une expérience est coûteuse et mise en scène avec assurance, moins nous avons envie d’admettre qu’elle pourrait être entièrement fausse.

Le véritable talent de Franco Malosso ne fut donc pas de construire un théâtre antique. Il fut de comprendre qu’il suffisait parfois de fabriquer un décor, d’inventer une histoire et d’installer une billetterie pour que le public transforme lui-même la fiction en patrimoine.

À Arcugnano, les pierres étaient fausses. Mais la crédulité, elle, était parfaitement authentique.

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