Cinéma

DAISY : Marie S’infiltre devient Marie Benoliel et remonte le fil de l’exil tunisien dans son premier film

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 DAISY : Marie S'infiltre devient Marie Benoliel et remonte le fil de l'exil tunisien dans son premier film

On connaissait Marie S’infiltre, son culot, ses happenings, ses vidéos virales et son goût prononcé pour la provocation. Il faudra désormais s’habituer à Marie Benoliel. Avec DAISY, de la Tunisie à l’exil, elle abandonne son personnage public pour signer son premier long-métrage, un documentaire de création de 65 minutes qui plonge au cœur de sa propre histoire familiale.

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Tout commence par une disparition. Le 23 août 2023, Daisy Taïeb, sa grand-mère juive tunisienne, meurt. Avec elle disparaît aussi une mémoire presque entièrement enfouie : celle de la Tunisie, du départ et de l’exil. Marie Benoliel réalise alors qu’elle connaît finalement très peu cette partie de son histoire. Pourquoi Daisy avait-elle quitté la Tunisie ? Pourquoi n’avait-elle pratiquement jamais parlé de ce départ ? Et comment peut-on éprouver la nostalgie d’une terre que l’on n’a soi-même jamais connue ?

C’est cette absence qui devient le moteur de DAISY.

Entre Tunis, Nice et Paris, Marie Benoliel mène une enquête familiale mais également historique sur le destin des Juifs de Tunisie et sur ce que l’exil laisse derrière lui. Le film part de l’intime pour rejoindre une histoire collective : celle d’une communauté implantée depuis des siècles en Tunisie et dont une grande partie a quitté le pays au cours du XXe siècle.

La cinéaste met notamment en parallèle deux femmes et deux époques : Daisy Taïeb, née en 1933 à La Goulette, et sa petite-fille Marie, née en 1991 à Paris. Deux générations séparées par la Méditerranée mais reliées par des gestes, des mots, une culture familiale et surtout par ce qui n’a jamais été raconté.

Le sujet aurait facilement pu donner naissance à un documentaire historique classique. Marie Benoliel choisit au contraire une forme hybride. Archives, enquête journalistique, reconstitutions, récit autobiographique, voix off et chansons spécialement écrites pour le film se rencontrent. Certaines séquences vont jusqu’à rejouer la vie de Daisy telle que sa petite-fille tente aujourd’hui de la reconstruire.

Le deuil devient ainsi spectacle, et la mémoire matière cinématographique.

Ce choix paraît cohérent avec le parcours de Marie Benoliel. Pendant des années, Marie S’infiltre s’est imposée par l’excès, le rire, l’irruption et la mise en scène de soi. DAISY conserve quelque chose de cette énergie, mais la dirige vers un territoire radicalement différent. Il ne s’agit plus de provoquer les autres mais de fouiller sa propre histoire.

Le film marque d’ailleurs officiellement la rupture avec son ancien personnage. Après avoir réuni, selon le dossier de presse, plus de 600 000 spectateurs avec son spectacle Culot et donné plus de 500 représentations, Marie Benoliel a mis fin à Marie S’infiltre sur scène le 20 décembre 2025 à Bercy. Elle a ensuite supprimé ses anciennes vidéos de ses réseaux sociaux pour reprendre publiquement son véritable nom.

DAISY apparaît donc autant comme un film sur une grand-mère que comme un film de transformation personnelle.

Une phrase résume parfaitement son enjeu : comment hérite-t-on d’un exil que l’on n’a pas vécu soi-même ?

La question dépasse évidemment la seule histoire des Juifs de Tunisie. Elle touche toutes les familles traversées par les migrations, les départs forcés ou silencieux et ces événements dont une génération décide parfois de ne plus parler, alors même qu’ils continuent de produire leurs effets chez les enfants et petits-enfants.

C’est probablement là que DAISY peut trouver sa dimension universelle. Marie Benoliel ne cherche pas seulement à savoir pourquoi sa grand-mère est partie. Elle tente de comprendre comment le silence lui-même se transmet.

Après une première grande soirée autour du film organisée au Grand Rex à Paris en juin, DAISY poursuivra son parcours à l’automne avec plusieurs rendez-vous annoncés : Bordeaux le 23 septembre, Toulouse le 28 septembre, Bruxelles le 1er octobre, Lyon le 6 octobre, Marseille le 7 octobre et Paris, au Grand Rex, le 14 octobre 2026.

Un drôle de voyage pour celle qui avait bâti sa notoriété en s’infiltrant chez les autres : avec DAISY, Marie Benoliel entreprend cette fois de s’infiltrer dans sa propre mémoire.

Certains articles du Mague bénéficient d’un éclairage ponctuel et maîtrisé de l’intelligence artificielle.

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