Dolly Parton a toujours été sexy. Et elle ne s’en est jamais excusée.
C’est même une partie essentielle de son intelligence. Là où tant d’autres ont subi leur image, elle a construit la sienne. Elle a compris très tôt que l’on pouvait être blonde, plantureuse, spectaculaire, féminine jusqu’à la caricature et avoir parfaitement conscience de ce que l’on faisait.
Ceux qui n’ont vu chez elle qu’une poupée country n’ont simplement pas beaucoup écouté ses chansons.
Car derrière les perruques et les paillettes se cache l’une des grandes autrices-compositrices américaines.
Jolene est presque une leçon d’écriture. Quelques mots, une situation immédiatement compréhensible, une femme qui supplie une autre femme de ne pas lui prendre l’homme qu’elle aime. Aucun effet inutile. Une mélodie impossible à oublier.
I Will Always Love You est encore plus vertigineuse. Whitney Houston en fera un monument planétaire, mais la chanson appartient d’abord à Dolly. Et lorsqu’on écoute sa version originale, fragile, retenue, presque nue, on comprend l’immense différence entre posséder une grande voix et savoir écrire une grande chanson.
Puis il y a 9 to 5, hymne pop-country entraînant qui cachait derrière son rythme joyeux une critique particulièrement efficace du monde du travail et de la condition des femmes employées.
C’est cela, Dolly Parton.
Donner l’impression que tout est simple alors que presque rien ne l’est.
Elle vient d’un milieu extrêmement modeste du Tennessee, quatrième d’une famille de douze enfants, et a transformé cette enfance pauvre des Smoky Mountains en matière artistique universelle.
Mais elle n’a jamais joué la pauvre petite fille devenue célèbre.
Elle a préféré devenir Dolly.
Un personnage plus grand que nature, entièrement assumé.
À une époque où l’on demande constamment aux femmes célèbres de choisir entre intelligence et sensualité, Dolly Parton a passé sa vie à répondre : pourquoi choisir ?
Elle pouvait être sexy et redoutable en affaires.
Populaire et sophistiquée.
Drôle et mélancolique.
Commerciale et profondément personnelle.
Excessive dans son apparence et d’une extraordinaire précision dans son écriture.
Son humour a également beaucoup contribué à la rendre irrésistible. Dolly a toujours semblé connaître toutes les plaisanteries que l’on pouvait faire sur elle avant que les autres aient eu le temps de les imaginer.
Elle désarme ainsi les moqueurs : impossible de ridiculiser quelqu’un qui a déjà transformé sa propre caricature en œuvre d’art.
Et puis il y a la générosité.
Sa fondation Imagination Library distribue des livres aux jeunes enfants depuis des décennies. Là encore, le geste raconte assez bien le personnage : derrière l’empire commercial, les parcs d’attractions, les disques et les millions de dollars existe une femme qui n’a jamais oublié d’où elle venait.
À 80 ans, Dolly Parton pourrait depuis longtemps se contenter de contempler sa légende.
Elle fait exactement l’inverse.
En 2026 encore, sa musique continue de vivre, d’être certifiée dans le monde entier et de rencontrer de nouvelles générations. Sa vie et ses chansons doivent également arriver à Broadway avec Dolly : A True Original Musical.
Voilà peut-être le signe ultime des très grands artistes : ils vieillissent, mais leur œuvre ne prend pas une ride.
Jolene reste jalouse.
9 to 5 reste en colère.
I Will Always Love You continue de briser des cœurs.
Et Dolly reste Dolly.
Il fallait probablement une sacrée personnalité pour traverser six décennies de show-business sans laisser l’industrie décider entièrement à sa place de ce qu’elle devait devenir.
Dolly Parton a réussi quelque chose de plus difficile que devenir une star.
Elle est devenue une figure de la culture populaire mondiale sans perdre cette impression étrange de proximité. Elle pourrait descendre d’une limousine couverte de diamants et vous donner malgré tout l’impression qu’elle va s’asseoir à côté de vous pour raconter une histoire en riant.
Belle, oui.
Sexy, incontestablement.
Talentueuse, immensément.
Mais surtout libre.
Et c’est peut-être cela qui, depuis toutes ces années, rend Dolly Parton aussi séduisante.
