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Fausse couche : en France, une femme sur cinq y sera confrontée au cours de sa vie

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Fausse couche : en France, une femme sur cinq y sera confrontée au cours de sa vie

C’est un événement extrêmement fréquent, mais encore entouré de silence, de gêne et parfois d’une forme d’incompréhension médicale. Selon une nouvelle étude publiée par l’Institut national d’études démographiques, plus d’une femme sur cinq âgée de 40 à 49 ans a déjà vécu au moins une fausse couche. Et parmi celles qui ont déjà été enceintes, la proportion atteint environ une femme sur quatre.

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Des chiffres qui donnent une tout autre dimension à un événement encore trop souvent présenté comme exceptionnel ou marginal.

Entre 10 et 14 % des grossesses se terminent par une fausse couche

Les chercheurs se sont appuyés sur plusieurs sources complémentaires : l’enquête FECOND menée auprès de milliers de femmes et d’hommes, les données du Système national des données de santé et une enquête qualitative réalisée en 2025 auprès de femmes ayant vécu une fausse couche.

Selon l’enquête FECOND, environ 14 % des grossesses déclarées se terminent par une fausse couche. Les données administratives de santé aboutissent à un chiffre légèrement inférieur, autour de 10 % entre 2013 et 2023.

La différence tient notamment au fait que toutes les fausses couches ne donnent pas lieu à une hospitalisation ou même à une consultation médicale. Certaines surviennent très tôt et restent donc invisibles dans les bases de données de santé.

La grande majorité a lieu au cours du premier trimestre.

Le risque augmente fortement avec l’âge

L’âge apparaît comme le principal facteur de risque.

La probabilité de fausse couche est relativement élevée chez les femmes de moins de 20 ans, puis diminue avant de recommencer à progresser à partir d’environ 34 ans.

À 35 ans, environ 8 % des grossesses identifiées dans les données de santé se terminent par une fausse couche.

À 40 ans, cette proportion atteint environ 14 %.

À 45 ans, elle grimpe à 23 %.

Et elle augmente encore au-delà.

La courbe présentée par l’Ined est particulièrement spectaculaire : après une période relativement stable entre la vingtaine et le début de la trentaine, le risque augmente très rapidement à partir de la fin de la trentaine.

Contrairement à certaines idées reçues, les inégalités sociales jouent peu

Autre résultat intéressant : le risque de fausse couche varie très peu selon le niveau d’études.

Les données analysées montrent des taux proches de 14 %, que les femmes aient un niveau d’études primaire ou secondaire ou qu’elles aient suivi des études supérieures.

Les différences observées selon la situation financière ne sont pas non plus statistiquement significatives.

Autrement dit, dans cette étude, la fausse couche apparaît comme une expérience largement transversale socialement.

Une prise en charge médicale encore souvent mal vécue

Mais l’un des éléments les plus préoccupants de l’étude concerne la façon dont les femmes vivent leur passage dans le système de soins.

Parmi les 41 femmes interrogées dans l’enquête qualitative menée en 2025, une très grande majorité décrit un décalage entre ce dont elles auraient eu besoin et la manière dont elles ont été prises en charge.

Les témoignages évoquent notamment des attentes aux urgences gynécologiques dans des espaces partagés avec des femmes enceintes ou sur le point d’accoucher.

Certaines femmes expliquent également avoir reçu trop peu d’informations sur ce qui allait physiquement se passer.

D’autres évoquent l’absence de proposition de soutien psychologique, l’absence de suivi après la fausse couche ou encore des paroles maladroites, parfois vécues comme blessantes.

Le contraste est brutal : un événement extrêmement fréquent reste encore, dans certains services, traité comme un simple incident médical alors qu’il peut représenter pour les personnes concernées une véritable perte.

Une expérience qui peut laisser des traces longtemps

L’Ined rappelle qu’une fausse couche n’est pas nécessairement un événement rapidement oublié.

Elle peut avoir des conséquences psychologiques, physiques mais également modifier le rapport à une grossesse future ou au désir d’enfant.

C’est aussi la raison pour laquelle les mots employés évoluent.

L’expression « fausse couche » elle-même est parfois contestée : le mot « fausse » peut donner l’impression que la grossesse n’aurait pas vraiment existé ou que la perte ressentie serait moins légitime.

Les expressions « perte de grossesse » ou « arrêt précoce de grossesse » sont ainsi de plus en plus utilisées.

Depuis 2024, un arrêt de travail sans jour de carence

La législation française a commencé à évoluer.

Depuis septembre 2024, les femmes ayant vécu une fausse couche peuvent bénéficier d’un arrêt de travail indemnisé dès le premier jour, sans délai de carence.

Mais selon l’enquête de l’Ined, cette possibilité reste encore insuffisamment connue, y compris par certains professionnels de santé.

De nouvelles recommandations médicales sont également en préparation afin d’améliorer la prise en charge des arrêts spontanés de grossesse.

Sortir enfin la fausse couche du silence

Les chiffres publiés par l’Ined rappellent surtout une réalité simple : la fausse couche n’est ni rare ni exceptionnelle.

Entre 10 et 14 % des grossesses se terminent ainsi et environ une femme sur cinq en connaîtra au moins une au cours de sa vie.

Pendant des décennies, beaucoup de femmes ont vécu cet événement sans en parler, parfois avec le sentiment qu’il fallait rapidement « passer à autre chose ».

La médecine commence aujourd’hui à comprendre que la fréquence d’un événement ne diminue en rien la douleur qu’il peut provoquer.

Une fausse couche peut être médicalement banale.

Humainement, elle ne l’est jamais.

Sources :

Institut national d’études démographiques (Ined), Population & Sociétés, n°646, juillet-août 2026, « En France, environ une femme sur cinq vivra une fausse couche au cours de sa vie », M.-C. Compans, Hélène Malmanche et Heini Väisänen.
Enquête FECOND, Inserm-Ined, 2009-2011.
Système national des données de santé (SNDS), données 2013-2023.
Compans M.-C., Malmanche H., Väisänen H., 2026, Clinical and sociodemographic determinants of miscarriage hospitalisation : Evidence from French healthcare records.
Quenby S. et al., 2021, Miscarriage matters : the epidemiological, physical, psychological, and economic costs of early pregnancy loss, The Lancet.

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