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Rentrée 2026 : une école sans portable, la belle utopie ?

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Rentrée 2026 : une école sans portable, la belle utopie ?

À la rentrée 2026, l’École française veut franchir une nouvelle étape dans sa guerre contre le smartphone. Après l’interdiction déjà ancienne à l’école et au collège et la généralisation du dispositif « Portable en pause » dans les collèges, l’interdiction de l’utilisation du téléphone et des objets connectés est désormais étendue aux lycées. L’ambition affichée est claire : remettre de la concentration, de la conversation et peut-être simplement un peu de silence dans la vie scolaire.

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Sur le papier, difficile de trouver l’idée absurde.

Il suffit d’observer une cour de récréation, un quai de métro ou une terrasse de café pour comprendre à quel point le téléphone a modifié nos comportements. On ne s’ennuie plus, on ne regarde plus autour de soi, on ne laisse presque plus quelques minutes de vide s’installer. Or l’ennui, aussi désagréable soit-il, a une fonction : il oblige à penser, à imaginer, à parler aux autres.

Chez les adolescents, le portable est devenu bien davantage qu’un téléphone. C’est la cour de récréation qui continue après la cour de récréation. Le groupe WhatsApp, TikTok, Snapchat, Instagram, les vidéos, les notifications, les humiliations publiques, les réputations qui se font et se défont en quelques minutes. C’est aussi une machine formidable, évidemment, mais une machine qui sollicite en permanence l’attention.

Le ministère avance d’ailleurs que les expérimentations de mise à l’écart du téléphone menées dans plus d’une centaine de collèges ont produit des effets positifs sur le climat scolaire, la concentration et le bien-être, avec également moins de signalements liés au cyberharcèlement et aux réseaux sociaux.

Alors oui : quelques heures sans portable peuvent probablement faire beaucoup de bien.

Mais c’est précisément là que commence l’utopie.

Car interdire un téléphone est relativement facile. Faire disparaître la dépendance au téléphone est autrement plus compliqué.

Un adolescent qui récupère son smartphone à 17 heures peut parfaitement passer les cinq heures suivantes dessus. Une interdiction pendant le temps scolaire ne changera pas, à elle seule, les habitudes familiales, les nuits passées sur TikTok, les notifications incessantes ou la nécessité sociale ressentie par certains jeunes d’être connectés en permanence.

L’école peut créer une zone de respiration. Elle ne peut pas, seule, réformer toute une société.

Il existe également une petite contradiction que l’Éducation nationale devra assumer. Pendant des années, on a expliqué que le numérique était l’avenir absolu de l’enseignement. Tablettes, ENT, devoirs en ligne, applications, ressources numériques, plateformes éducatives : l’écran est entré partout dans l’école.

Et aujourd’hui, on découvre qu’il faudrait aussi apprendre à s’en séparer.

Ce n’est d’ailleurs pas forcément contradictoire. C’est peut-être même enfin une forme de maturité. Le problème n’est pas le numérique. Le problème est le numérique sans limite.

Savoir utiliser un écran devrait désormais aller de pair avec la capacité de ne pas l’utiliser.

La mesure sera également jugée sur des détails extrêmement concrets. Où mettre les téléphones ? Dans des pochettes ? Des casiers ? Des boîtes collectives ? Qui sera responsable en cas de vol ou de casse ? Que faire lorsqu’un élève refuse ? Comment gérer les urgences familiales ? Les montres connectées ? Les appareils nécessaires pour des raisons médicales ?

Le dispositif laisse justement aux établissements une partie de cette organisation pratique, avec des exceptions notamment pour certains usages pédagogiques et les besoins liés au handicap ou à la santé.

Mais surtout, il faudra éviter de transformer les enseignants et les surveillants en policiers du smartphone.

Une règle qui exige dix minutes de conflit à chaque début de cours peut finir par produire l’effet inverse de celui recherché.

Et puis il reste les parents.

Ils sont parfois les premiers à réclamer que leur enfant soit joignable à toute heure : « au cas où ». Cette inquiétude est compréhensible. Mais pendant des décennies, des millions d’enfants sont allés à l’école sans téléphone dans leur poche et les établissements savaient prévenir une famille lorsqu’un problème sérieux se produisait.

Le portable a créé un sentiment nouveau : celui que nous devrions pouvoir joindre immédiatement nos enfants, nos conjoints, nos amis ou nos collègues.

Cette disponibilité permanente n’est pas nécessairement un progrès.

La meilleure conséquence de cette rentrée sans portable serait peut-être finalement une chose extrêmement banale : revoir des adolescents parler ensemble pendant les récréations. Se disputer. Rire. Jouer. S’ennuyer. Regarder quelqu’un passer. Faire une blague idiote. Ne rien faire pendant cinq minutes.

Bref, retrouver cette drôle d’activité aujourd’hui presque révolutionnaire : être quelque part sans être simultanément ailleurs.

Il ne faut toutefois pas se raconter d’histoires. L’école sans portable ne sauvera ni l’école, ni la jeunesse, ni la concentration des élèves. Elle ne supprimera pas le cyberharcèlement et ne guérira pas notre dépendance collective aux écrans.

Mais elle peut créer quotidiennement quelques heures de coupure obligatoire.

Et dans une société où adultes comme adolescents consultent parfois leur téléphone au moindre instant de vide, ce n’est déjà pas rien.

L’utopie ne serait donc pas d’interdire les portables à l’école.

La véritable utopie serait de croire que l’école peut, à elle seule, apprendre aux enfants à décrocher pendant que toute la société autour d’eux continue de regarder son écran.

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