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Mary Pickford : la grâce, la malice et la femme qui prit le pouvoir à Hollywood

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Mary Pickford : la grâce, la malice et la femme qui prit le pouvoir à Hollywood

Du 2 septembre au 20 octobre 2026, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé consacre une importante rétrospective à Mary Pickford. Une trentaine de films pour redécouvrir celle que l’on réduit encore trop souvent à son visage d’ange et à ses célèbres boucles blondes. Car derrière « la petite fiancée de l’Amérique » se cachait surtout l’une des femmes les plus puissantes, les plus modernes et les plus indépendantes de toute l’histoire d’Hollywood.

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Il suffit de regarder Mary Pickford quelques minutes à l’écran pour comprendre pourquoi elle fut une immense star. Plus d’un siècle a passé, le cinéma a appris à parler, à filmer en couleurs, à multiplier les effets spéciaux et les écrans géants, mais quelque chose demeure étonnamment contemporain dans son jeu.

Un mouvement du visage, un regard légèrement retenu, une brusque accélération du corps et Pickford passe de la comédie à l’émotion. Là où beaucoup d’acteurs du cinéma primitif restent encore prisonniers des gestes emphatiques hérités du théâtre, elle comprend très tôt que la caméra voit tout. Il n’est plus nécessaire d’en faire beaucoup pour être vue.

Cette modernité est précisément au cœur du cycle « Mary Pickford, la grâce et la malice » proposé à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.

Mary Pickford naît à Toronto en 1892 dans une famille modeste de comédiens. Son père meurt alors qu’elle est encore enfant et la nécessité de gagner sa vie arrive très vite. À sept ans, elle monte déjà sur scène.

En 1909, elle rencontre D.W. Griffith à New York. Elle tourne avec lui des dizaines de courts métrages et apprend à une vitesse stupéfiante ce nouveau langage qu’est le cinéma.

À cette époque, les comédiens ne sont pas encore nécessairement des vedettes dont le public connaît le nom. Pickford va justement participer à l’invention du star-system. Son visage devient célèbre avant même que son identité le soit réellement.

Le public l’adopte.

Ses boucles blondes deviennent une signature. On l’imite, on la photographie, on veut lui ressembler. Elle devient bientôt « America’s Sweetheart », la petite fiancée de l’Amérique.

Mais l’image est trompeuse.

Mary Pickford n’est absolument pas la jeune ingénue docile que son apparence pourrait laisser imaginer. Elle comprend très tôt que dans le cinéma, le véritable pouvoir ne consiste pas seulement à être devant la caméra. Il faut contrôler les films, les contrats, la production et leur distribution.

Elle négocie donc.

Et elle négocie remarquablement bien.

À mesure que sa popularité augmente, son salaire grimpe et ses exigences aussi. À partir de 1916, elle obtient un contrôle considérable sur les productions dans lesquelles elle apparaît. Elle choisit ses collaborateurs, intervient sur ses films et finit par créer sa propre structure, la Mary Pickford Film Corporation.

Pour une femme dans l’Amérique des années 1910, la position est extraordinaire.

Pickford ne possède pas seulement une carrière : elle possède progressivement son outil de travail.

Ses choix artistiques témoignent de cette liberté.

Avec Maurice Tourneur, elle tourne notamment The Pride of the Clan et The Poor Little Rich Girl. Cecil B. DeMille la dirige dans A Romance of the Redwoods et The Little American. Marshall Neilan lui offre quelques-uns de ses rôles les plus marquants, notamment Daddy-Long-Legs et Stella Maris.

Dans ce dernier film, elle interprète deux personnages radicalement différents : une jeune femme privilégiée et handicapée, entourée d’affection, et une orpheline défigurée et maltraitée. La performance permet de mesurer à quel point son talent dépassait l’image publicitaire construite autour d’elle.

Car Mary Pickford savait tout jouer.

La jeune fille vulnérable, l’enfant turbulente, l’orpheline, la femme déterminée, la comédie physique, le mélodrame.

Ses héroïnes possèdent néanmoins un point commun : elles refusent généralement de rester passives.

Elles se battent.

Cette énergie explique probablement pourquoi ses films restent si intéressants aujourd’hui. Sous les costumes et les conventions du cinéma muet apparaissent régulièrement des femmes qui cherchent à reprendre le contrôle de leur existence.

Et Pickford fera exactement la même chose dans sa propre carrière.

En 1919 survient ce qui restera l’un des événements les plus importants de l’histoire économique d’Hollywood.

Mary Pickford s’associe à Douglas Fairbanks, Charlie Chaplin et D.W. Griffith pour créer United Artists.

Le principe est révolutionnaire : pourquoi les artistes qui font le succès des films devraient-ils abandonner leur contrôle aux grands studios ?

Les quatre veulent produire leurs œuvres et maîtriser leur distribution.

Une phrase devenue légendaire résume alors la panique des producteurs hollywoodiens : « Les pensionnaires ont pris le contrôle de l’asile. »

Et parmi ces pensionnaires se trouve une femme de 27 ans.

On mesure mal aujourd’hui ce que représentait Mary Pickford. Elle n’était pas seulement une star comparable à Chaplin. Elle était simultanément actrice, productrice, entrepreneuse et décisionnaire dans une industrie qui allait devenir l’une des plus puissantes du monde.

Sa relation avec Douglas Fairbanks renforcera encore la légende. Leur couple devient une sorte de royauté hollywoodienne. Leur propriété de Pickfair accueille les célébrités du monde entier et leur vie privée devient presque aussi célèbre que leurs films.

Pourtant, Pickford continue à chercher.

Elle fait venir Ernst Lubitsch à Hollywood pour Rosita en 1923, même si leur collaboration se révèle orageuse. Puis elle retourne à ces personnages juvéniles que le public réclame encore, notamment dans Little Annie Rooney en 1925 et Sparrows en 1926.

Sparrows demeure d’ailleurs l’un de ses films les plus fascinants : sombre, inquiétant, presque expressionniste, très loin de l’image sucrée parfois associée à sa carrière.

Mais une révolution technologique approche.

Le cinéma commence à parler.

Pour de nombreuses vedettes du muet, le passage au parlant sera fatal. Mary Pickford réussit pourtant un dernier coup spectaculaire avec Coquette, sorti en 1929. Elle y abandonne notamment son apparence traditionnelle et remporte l’Oscar de la meilleure actrice.

Quelques années plus tard, après Secrets de Frank Borzage en 1933, elle quitte pratiquement les écrans.

Elle n’a pourtant que 41 ans.

Son influence, elle, ne disparaîtra jamais vraiment.

Mary Pickford avait compris Hollywood avant Hollywood.

Elle avait compris la puissance de l’image, celle de la célébrité, mais aussi les dangers de dépendre entièrement de ceux qui financent et distribuent les œuvres.

Un siècle avant les débats contemporains sur l’indépendance des artistes face aux plateformes et aux grands groupes, elle avait déjà trouvé une réponse : posséder une partie de son propre destin.

C’est ce qui rend cette rétrospective particulièrement passionnante.

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé ne propose pas simplement de revoir les films d’une vedette disparue. Elle permet de revenir aux premières années d’un art qui était encore en train d’inventer ses règles et de retrouver l’une des personnes qui participèrent directement à cette invention.

Une trentaine de films seront présentés, pour beaucoup dans des copies restaurées argentiques 35 mm ou numériques. Plusieurs séances seront introduites par des historiens, historiennes et critiques de cinéma.

Et surtout, conformément à la tradition de la Fondation, les projections seront accompagnées en direct au piano par les musiciens de la classe d’improvisation de Jean-François Zygel.

C’est sans doute l’une des plus belles manières de revoir un film muet : dans une salle, sur grand écran et avec un musicien donnant à chaque projection son caractère unique.

Mary Pickford est morte en 1979.

Son cinéma, lui, continue à sourire, courir, pleurer, se battre et regarder droit dans la caméra.

Sous la grâce, il y avait la malice.

Et derrière les boucles d’or, une redoutable femme de pouvoir.

« Mary Pickford, la grâce et la malice », du 2 septembre au 20 octobre 2026 à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, 73 avenue des Gobelins, Paris 13e.

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