Les premiers rentrent parfois avec deux ou trois kilos supplémentaires, une fatigue étrange malgré plusieurs semaines de repos et cette sensation paradoxale d’avoir « trop profité ». Les seconds reviennent bronzés eux aussi, mais parfois plus légers, plus toniques et avec l’impression d’avoir réellement déconnecté.
Il ne s’agit évidemment pas de transformer les vacances en stage militaire ni de culpabiliser celui qui commande une deuxième glace. Les congés restent un moment de liberté. Mais notre idée du repos mérite peut-être d’être interrogée : se reposer signifie-t-il nécessairement ne plus bouger ?
Pendant l’année, beaucoup de Français restent assis plusieurs heures par jour, travaillent devant un écran, prennent les transports et manquent justement de temps pour marcher, nager ou faire du vélo. Puis arrivent les vacances et, pour certains, l’immobilité augmente encore. Petit déjeuner copieux, voiture pour rejoindre la plage, déjeuner, sieste, apéritif, dîner et alcool : en quelques jours, l’équilibre énergétique peut sérieusement changer.
L’alcool joue d’ailleurs un rôle important dans ces excès estivaux. Un verre appelle facilement le suivant lorsque les journées n’ont plus d’horaires. Une bière après la plage, un rosé au déjeuner, un cocktail en soirée : pris séparément, rien de spectaculaire. Répétés quotidiennement pendant deux ou trois semaines, ces petits plaisirs représentent pourtant beaucoup de calories supplémentaires, sans compter les aliments qui les accompagnent.
À cela s’ajoute une alimentation plus riche. Restaurants plus fréquents, desserts, charcuteries, chips, fritures, glaces et repas tardifs deviennent presque une composante culturelle des vacances. Le problème n’est pas le repas exceptionnel. C’est lorsqu’il n’y a plus vraiment de repas exceptionnel parce que tous les repas le deviennent.
À l’opposé, les vacances sportives séduisent de plus en plus ceux qui considèrent les congés comme une occasion de retrouver leur corps. Pas forcément dans une logique de performance. Une randonnée de quatre heures, une heure de nage, vingt kilomètres à vélo ou simplement quinze kilomètres de marche dans une ville étrangère représentent déjà une activité physique considérable comparée au quotidien de nombreux actifs.
Et le bénéfice n’est pas seulement physique.
Marcher longtemps, pédaler, nager ou grimper produit souvent une vraie rupture mentale avec le travail. Lorsque l’attention se concentre sur un chemin, un paysage ou un effort, le cerveau cesse pour quelques heures de revenir continuellement aux mails, aux problèmes professionnels et aux préoccupations habituelles. Beaucoup découvrent ainsi qu’ils se sentent davantage reposés après une journée de randonnée qu’après une journée entière passée sur une chaise longue.
Il existe également une différence importante entre fatigue et épuisement. L’effort physique provoque une fatigue corporelle qui peut faciliter le sommeil et donner une sensation de satisfaction. À l’inverse, l’association chaleur, alcool, repas lourds, sommeil décalé et inactivité peut laisser le vacancier étonnamment amorphe.
D’où cette scène bien connue du retour : « Il va falloir que je me remette au régime. »
C’est peut-être là que notre conception traditionnelle des vacances devient étrange. Pendant onze mois, certains essaient de manger correctement et de conserver une activité physique, puis consacrent trois semaines à dérégler complètement leurs habitudes avant de passer septembre à tenter de réparer les dégâts.
À l’autre extrême, transformer les congés en obsession sportive n’a évidemment pas davantage de sens. Courir vingt kilomètres chaque matin uniquement par peur de grossir n’est pas nécessairement une manière plus libre de vivre ses vacances.
Le véritable luxe est probablement ailleurs : pouvoir manger sans compter chaque calorie, boire un verre sans culpabilité, s’allonger pendant deux heures parce qu’on en a envie, mais également marcher, nager et utiliser ce temps libéré pour retrouver un corps que le travail quotidien condamne trop souvent à l’immobilité.
Les vacances les plus réussies ne sont peut-être ni celles du régime ni celles de l’excès.
Ce sont celles où l’on peut prendre l’apéritif après dix kilomètres de randonnée, manger une glace après une heure de baignade et dormir profondément parce que la journée a réellement été vécue.
Après tout, revenir de vacances avec trois kilos de souvenirs dans la tête est probablement plus intéressant qu’avec trois kilos sur la balance.
