Art of Juliette

La forme du temps.

🌍 READ THIS ARTICLE IN ENGLISH →
La forme du temps.

« Une heure peut disparaître de l’agenda et rester encore un moment à sa place en moi. »

Je ne vis pas le temps comme une suite de moments indépendants. Une journée possède pour moi des distances, des passages, des espaces plus ou moins ouverts. Prévoir me permet de construire cette géographie intérieure et de m’y déplacer. Lorsqu’un élément change, je ne refuse pas la nouvelle organisation : j’ai besoin que la précédente ait le temps de se défaire. Je retrouve dans le dessin ce même rapport à l’équilibre. Une forme déplacée continue un instant d’exister dans le regard avant que la nouvelle composition devienne pleinement présente.

🎧 Écouter cet article
Cliquez sur « Lire » pour écouter l’article.

Avant qu’une journée commence, elle a déjà
une forme en moi.

Un rendez-vous à quinze heures n’occupe
pas seulement une case dans un agenda.

Il agit sur tout ce qui l’entoure. Le moment où
je partirai. Ce que je peux commencer avant.
Ce qui trouvera sa place après.

La journée s’est déjà disposée autour de lui.

Chaque heure a sa texture.

Certaines ouvrent un espace. D’autres sont
déjà traversées par ce qui approche.

À mesure que je l’anticipe, le temps devient
presque un lieu que je peux parcourir.

Puis quelque chose change.

Quinze heures devient dix-sept heures.

Sur l’horloge, deux heures ont bougé.

En moi, beaucoup plus.

Un espace apparaît là où je n’en avais pas
prévu. Un autre disparaît. Ce qui venait avant
ne mène plus au même endroit. Ce qui devait
suivre se rapproche du soir.

Pourtant, quinze heures est encore là.

Je sais que le rendez-vous est déplacé.

Mais la journée construite autour de cette
heure ne disparaît pas au moment où on me
l’annonce.

Pendant quelques instants, je porte les deux.

La journée qui devait avoir lieu.
Et celle qui vient d’apparaître.

Je connais ce passage lorsque je dessine.

Une ligne a trouvé sa place. D’autres sont
venues autour d’elle. Les distances ont
commencé à compter. Les vides aussi.

Je déplace la ligne.

La nouvelle composition est devant moi.
Mais mon regard garde encore l’ancienne.

Les deux feuilles se superposent.

Celle qui n’existe plus continue un instant à
travers celle qui est là.

Je regarde.

Peu à peu, les anciennes distances s’effacent.
Le vide change de poids. La ligne déplacée
cesse d’être le déplacement de celle d’avant.

Elle appartient maintenant à une autre
composition.

Avec le temps, il me faut ce même passage.

Pas pour accepter que quinze heures soit
devenu dix-sept heures.

Pour laisser quinze heures disparaître.

Alors je déplace intérieurement ce qui
doit l’être.

Je laisse les heures retrouver leurs distances.

J’attends que les deux journées cessent de
se superposer.

Puis quelque chose se pose.

Dix-sept heures n’est plus quinze
heures déplacé.

C’est dix-sept heures.

La journée est différente.

Mais elle est redevenue entière.

Et je peux entrer dedans.

Certains articles du Mague bénéficient d’un éclairage ponctuel et maîtrisé de l’intelligence artificielle.

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.
Facebook X Threads Copier pour Instagram Copier le lien Envoyer par mail
Instagram : lien à coller

Pour une story, une bio ou un message privé : copiez ce lien propre vers l’article.

Instagram ne permet pas toujours le partage direct d’une page web : ce bouton prépare le lien à coller en story, bio ou message.
Continuer sur Le Mague

À lire aussi sur Le Mague

Les dessins savaient. — 13 août 2026
La musique ne baisse pas. — 13 août 2026

Les plus lus en ce moment