Art of Juliette

Les dessins savaient.

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Les dessins savaient.

« Ils me regardaient.
Il aurait peut-être fallu regarder aussi ce que je regardais. »

Retrouver mes dessins d’enfant ne m’apprend pas qui j’étais. Cela me permet de mesurer ce qui a continué. Malgré les années et tout ce qui a changé, je reconnais une façon de donner de l’importance à certaines choses plutôt qu’à d’autres. Je ne cherche pas dans ces feuilles une explication de mon enfance. Je découvre simplement que l’attention laisse parfois des traces que l’on ne sait reconnaître que bien plus tard.

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Ils cherchaient ce qui n’allait pas
chez l’enfant.

Personne ne regardait ses dessins.

Je les retrouve aujourd’hui.

Des maisons, des labyrinthes, des carnets
remplis de couleurs. Des espaces emboîtés.
Des chemins qui bifurquent, disparaissent et
reprennent ailleurs. Des détails minuscules
auxquels la feuille donne toute la place.

Je pourrais interpréter.

Faire d’une maison un foyer, d’un labyrinthe
une solitude, d’une couleur sombre une peur.

Je n’en sais rien.

Je ne sais pas ce que cette enfant pensait
lorsqu’elle dessinait. Je ne veux pas déposer
les mots de l’adulte sur des formes qui
existaient sans eux.

Mais je reconnais quelque chose.

Pas ce qu’elle voulait dire.

La façon dont elle regardait.

Ce qui revient. Ce qui se rapproche sans
raison apparente. Le détail qui compte autant
que l’ensemble. La couleur qui déplace tout
ce qui l’entoure.

Je dessine encore avec cette attention-là.

À l’époque, on regardait mes réactions, mes
silences, tout ce qui paraissait trop intense ou
difficile à comprendre. On cherchait ce qu’il
fallait corriger, atténuer, rendre plus
conforme.

Pendant ce temps, il y avait des feuilles sur
la table.

Cette image me reste.

Les adultes regardaient l’enfant.

L’enfant regardait le monde.

Et quelque chose de ce regard passait sur
le papier.

Ces feuilles ne sont pas des preuves. Elles ne
contiennent ni diagnostic ni vérité cachée.
Elles ne me disent pas ce que je vivais.

Elles gardent autre chose.

Une manière de choisir.

D’insister.

De rapprocher.

De donner beaucoup de place à ce qui
semblait en avoir peu.

Avant que je puisse expliquer comment le
monde s’organisait pour moi, ma main
organisait déjà la feuille.

C’est cela que je reconnais aujourd’hui.

Non pas l’enfant intacte quelque part dans
le passé.

La continuité d’une attention.

Les gestes ont changé. Les formats aussi. J’ai
appris des mots, des techniques, des
manières de construire et de reprendre. Mon
dessin s’est transformé.

Mais lorsque je regarde ces feuilles
anciennes, certaines décisions me sont
familières.

Une maison prend presque tout l’espace.

Un chemin bifurque.

Une couleur insiste.

Un détail refuse de rester un détail.

Je ne sais toujours pas ce que l’enfant
voulait dire.

Ce n’est plus la question.

Je regarde où elle avait posé les yeux.

Et je reconnais les miens.

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