Elle est jeune, jolie, généreuse, compassionnelle, très ancrée à gauche, et se retrouve bloquée dans l’appartement d’une amie au moment où le pays entier ferme ses portes. Là, elle rencontre un jeune homme drôle, touchant, énigmatique, parfois déroutant. Rien ne semble vraiment les destiner l’un à l’autre et pourtant, presque sans prévenir, quelque chose les saisit. Une histoire d’amour intense, inattendue, qui profite de cette suspension du monde pour brûler les étapes.
C’est précisément là que le film est le plus réussi. Il ne raconte pas seulement une rencontre amoureuse pendant le Covid : il raconte ce que l’enfermement a produit dans les têtes, dans les corps et dans notre rapport au temps. Quand l’extérieur disparaît, quelques jours peuvent prendre la densité de plusieurs mois. Les sentiments s’accélèrent, les différences deviennent plus visibles, les certitudes politiques, sociales ou intimes se frottent brutalement à la réalité de l’autre.
Les deux acteurs principaux sont formidables. Leur complicité donne au film son énergie, mais surtout sa crédibilité. On croit à leur attirance, à leurs maladresses, à leurs différences et à cette impression étrange d’assister à quelque chose qui leur échappe autant qu’à nous.
Il y a surtout une vraie écriture. Une manière de filmer, de laisser vivre les silences, les corps et l’espace réduit de l’appartement. Le scénario paraît d’abord avancer tranquillement, presque modestement, avant de s’insinuer progressivement et de révéler une profondeur que l’on n’avait pas forcément vue venir.
À la joie réussit ainsi quelque chose d’assez rare : transformer un épisode que nous avons tous vécu collectivement en une aventure profondément individuelle. Le confinement devient à la fois une époque, un laboratoire social et une chambre d’écho des sentiments.
Une jolie surprise, historique, sociétale, amoureuse et mentale. Un film beaucoup plus fort qu’il n’en a l’air, porté par deux acteurs remarquables et une véritable proposition de cinéma.
À voir absolument.
Un film de Jérôme Bonnell avec Pablo Pauly et Amel Charif
