Ces derniers mois, plusieurs personnalités ont publiquement raconté leur chagrin. Lewis Hamilton a ainsi partagé son émotion après la disparition de son bulldog Roscoe. Kylie Jenner a rendu hommage à Norman sur les réseaux sociaux. Mika a, lui, transformé son attachement à sa chienne Melachi en chanson avec "Immortal Love". En France, Marina Kaye, Corinne Touzet, Sandrine Arcizet, Sabrina Ouazani ou Frédérique Bel ont également évoqué publiquement la perte de leur animal. Le 14 août, Zahia a annoncé en pleurs la mort de sa chienne Miyuki. Christine Bravo avait de son côté confié être « dévastée » après la disparition de son cheval Imogène.
On pourrait n’y voir qu’une succession de nouvelles « people ». Ce serait passer à côté de l’essentiel. Lorsque des personnalités suivies par des centaines de milliers ou des millions de personnes montrent sans retenue leur peine, elles contribuent à légitimer un sentiment encore trop souvent minimisé. Elles disent publiquement qu’un animal peut occuper une véritable place affective, familiale et biographique dans une existence, et que sa disparition peut provoquer un manque comparable, dans son intensité, à d’autres formes de deuil.
Les chiffres sont d’ailleurs particulièrement révélateurs. Selon une étude Kantar réalisée pour Veternity auprès de 1 010 Français en mai 2025, "94 % des propriétaires considèrent leur animal comme un proche et 68 % comme un membre de leur famille". Plus significatif encore : 76 % déclarent avoir vécu sa disparition comme un véritable deuil. Pour 78 % des personnes interrogées, dire adieu à un animal mérite autant de respect et de rituels qu’un deuil humain, et 60 % jugent important de commémorer sa mémoire après sa mort.
Mais derrière cette reconnaissance progressive subsiste encore une forme de gêne sociale. 30 % des personnes ayant perdu un animal estiment que leur douleur n’a pas été reconnue par leur entourage, tandis que 23 % déclarent avoir eu honte d’exprimer publiquement leur peine. C’est précisément là que les témoignages de personnalités peuvent jouer un rôle : en montrant qu’il est possible de pleurer son animal sans ridicule, sans justification et sans avoir à hiérarchiser sa douleur.
Cette évolution se retrouve également dans les pratiques funéraires. Les propriétaires souhaitent désormais davantage conserver une trace matérielle de leur compagnon : empreinte, mèche de poils, urne, bijou cinéraire, lieu de mémoire ou cérémonie personnalisée. Près d’un propriétaire sur deux souhaiterait conserver une empreinte ou une mèche de son animal, tandis que 40 % souhaitent disposer d’un lieu, d’un objet de mémoire ou organiser une cérémonie personnalisée. Le geste peut sembler excessif à ceux qui n’ont jamais connu cette relation, mais il correspond finalement à quelque chose de très ancien : ritualiser l’absence pour parvenir à vivre avec elle.
Car l’animal domestique a profondément changé de statut. Dans de nombreux foyers, il n’est plus seulement celui qui garde la maison, chasse les souris ou accompagne les promenades. Il est devenu une présence quotidienne, un témoin des séparations, des déménagements, des maladies, des naissances, des solitudes et des bonheurs. Il partage parfois dix, quinze ou vingt années d’une vie. Sa disparition laisse donc un vide qui ne se mesure pas seulement à l’espèce de celui que l’on perd, mais à la place qu’il occupait.
Le phénomène dépasse d’ailleurs largement les chiens et les chats. La douleur exprimée par Christine Bravo après la mort de son cheval rappelle que le même attachement peut unir un humain à un équidé ou à d’autres animaux. Ce qui compte n’est pas tant la catégorie de l’animal que l’histoire construite avec lui.
Les réseaux sociaux ont certainement accéléré cette transformation. Là où autrefois la photographie de l’animal disparu restait dans un album familial, elle devient aujourd’hui une publication accompagnée de souvenirs, d’images et de messages d’adieu. Des milliers d’internautes répondent, racontent leur propre histoire et partagent leur peine. Le deuil animalier quitte ainsi progressivement la sphère strictement intime pour devenir une expérience collective reconnue.
Il faudra sans doute encore du temps pour que personne n’ait à s’excuser de pleurer un animal. Mais quelque chose est incontestablement en train de changer. En exposant publiquement leur chagrin, les célébrités ne créent pas le phénomène : elles donnent simplement une visibilité nouvelle à une douleur qui existait déjà partout, silencieusement, dans des millions de foyers.
Source : communiqué de presse Esthima – Veternity France, août 2026, « Deuil animalier : les célébrités rendent visible un phénomène que vivent déjà des millions de Français » ; étude quantitative Kantar pour Veternity réalisée du 14 au 19 mai 2025 auprès de 1 010 Français.
