Art of Juliette

Rien n’attend son tour.

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« Je pense comme on entend plusieurs musiques superposées dans une seule note. »

Je perçois souvent plusieurs couches d’une même réalité au même instant. Une idée, une contradiction, une sensation, un détail peuvent être présents ensemble sans s’annuler. Dans la parole, il faut avancer un mot après l’autre et choisir une direction. Le dessin me permet autre chose. Sur la page, plusieurs lignes, plusieurs tensions, plusieurs profondeurs peuvent exister en même temps. Rien n’attend son tour. Ma pensée peut rester multiple sans avoir à se simplifier.

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Je ressens une solitude intellectuelle
immense. Pas seulement le fait d’être seule,
mais le fait de penser seule.

Je perçois des structures, des nuances, des
contradictions, plusieurs couches d’une
même réalité au même instant. Elles ne se
succèdent pas. Elles arrivent ensemble, se
croisent, se répondent, parfois se
contredisent sans s’annuler.

Je pense comme on entend plusieurs
musiques superposées dans une seule note.

Cette polyphonie intérieure me sépare parfois
du reste du monde.

La parole impose une direction. Un mot après
l’autre. Une phrase doit commencer quelque
part, avancer, laisser momentanément
derrière elle tout ce qu’elle ne peut pas
contenir.

Ma pensée ne laisse rien derrière.

Pendant qu’une idée apparaît, d’autres
continuent d’agir. Une sensation traverse un
souvenir. Un détail transforme l’ensemble.
Une contradiction peut rester ouverte.

Tout existe en même temps.

Lorsque je dessine, je retrouve cette
simultanéité.

La page n’impose aucun ordre d’arrivée. Une
ligne peut traverser une couleur. Une forme
peut agir sur une autre à distance. Un vide
peut répondre à une répétition. Plusieurs
profondeurs peuvent tenir dans le même
regard.

Rien n’attend son tour.

Mon oeil circule. Il saisit l’ensemble, tombe
dans un détail, repart ailleurs. Je peux entrer
dans le dessin par n’importe quel endroit.

Je n’ai plus à choisir quelle voix doit parler
la première.

Le dessin ne met pas ma pensée en ordre.

Il lui donne un espace où elle n’a pas besoin
de l’être.

Alors ce qui m’isole parfois dans la parole
peut rester entier sur la page.

Plusieurs lignes.

Plusieurs tensions.

Plusieurs voix.

Aucune n’a besoin de faire taire les autres.

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