Art of Juliette

Quand la langue change de forme.

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Quand la langue change de forme.

« Quand les mots font trop de bruit, ils se transforment en lignes. »

Écrire et dessiner sont pour moi deux passages entre lesquels je circule.
Une phrase peut avoir une couleur ou une matière avant même d’avoir un sens.
Quand les mots deviennent trop étroits, ils se transforment en lignes ; quand les lignes débordent, elles deviennent des phrases.
Je croyais avoir deux langages. Je découvre que j’ai peut-être une seule langue qui change de forme.

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Pour moi, écrire et dessiner sont
deux passages.

Je vais de l’un à l’autre sans toujours savoir à
quel moment j’ai changé de langue.

Quand les mots font trop de bruit, ils
deviennent des lignes.

Quand les lignes débordent, elles deviennent
des phrases.

Je les laisse passer.

Dans la création, quelque chose de
moi revient.

C’est jaune.

Un jaune lumineux et chaud qui me caresse
le visage.

Puis de l’orange.
Du rose.

Je ne regarde pas ces couleurs.
Je me sens orange et rose.

Alors une maison apparaît.

Une maison de poupées imaginaire,
beaucoup trop grande pour une poupée.

Vide.
Silencieuse.

Chaleureuse pourtant.

Je suis au milieu.
Les portes sont ouvertes.

Dans une pièce, une phrase.
Dans une autre, une ligne.

Les couleurs circulent partout.

Elles passent sous les portes, montent le long
des murs, changent la température des
pièces.

J’écris comme je dessine.

Par formes.
Par textures.

Par couleurs intérieures.

Une phrase ne m’arrive pas toujours avec
son sens.

Elle peut d’abord être lourde.

Chaude.
Rêche.

Transparente.

Elle peut avoir une couleur avant d’avoir
des mots.

Je la sens avant de la comprendre.

Certaines phrases ont la consistance de la
pâte d’acrylique lorsqu’elle sort du tube.

Épaisses.
Brillantes.

J’aurais presque envie de les étaler avec
les doigts.

D’autres sont si fines qu’elles semblent
s’effacer au moment où je les écris.

Une ligne peut arriver de la même manière.

Chargée de quelque chose que je ne sais pas
encore nommer.

Je la trace.

Elle porte ce que les mots n’ont pas
pu garder.

Puis elle se charge à son tour.

Elle devient trop pleine.
Elle déborde.

Et ce débordement devient une phrase.

Je ne sais plus si j’écris ce que je ne peux pas
dessiner ou si je dessine ce que je ne peux
pas écrire.

Peut-être que la question n’a pas de sens.

Quelque chose en moi cherche une forme.
Parfois, cela devient un mot.

Parfois, une ligne.
Parfois, une couleur.

Je croyais que la création me calmait.
Elle me permet plutôt de circuler.

Je passe d’une pièce à l’autre sans
abandonner ce que j‘étais dans la précédente.

Une phrase garde quelque chose de la ligne
dont elle vient.

Une ligne garde quelque chose du mot qu’elle
n’est pas devenue.

Certaines phrases ont le goût de peinture.

Certains dessins ont un goût de
silence hurlant.

Je croyais avoir deux langages.

Peut-être n’en ai-je qu’un.

Une langue qui traverse les pièces, change de
matière, change de couleur.

Quand les mots deviennent trop étroits, elle
devient ligne.

Quand la ligne ne suffit plus, elle
devient phrase.

Je n’ai plus besoin de choisir.

Je laisse la porte ouverte.

Certains articles du Mague bénéficient d’un éclairage ponctuel et maîtrisé de l’intelligence artificielle.

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