Mon esprit cherche.
Les correspondances, les échos, les endroits
où les choses se répondent.
Je pense en constellations, en graphismes,
en dessins.
Une couleur appelle un son. Une forme en
réveille une autre. Une sensation traverse tout
le reste.
Tant que quelque chose cherche encore sa
place, je reste en suspens.
Je ne m’en aperçois pas toujours.
Je retiens mon souffle.
Je continue pourtant.
Je regarde.
Je vérifie.
Je reviens.
Puis il arrive qu’en un instant, quelque chose
soit juste.
Je ne sais pas toujours ce qui a changé.
Mon corps, lui, le sait.
L’air revient.
C’est la sensation d’un poisson remis
dans l’eau.
Il n’a pas besoin de comprendre ce
qu’il retrouve.
Son corps le reconnaît.
Peut-être que je cherche moins un ordre
qu’un milieu dans lequel je puisse vivre.
Lorsque je dessine, cela devient
presque visible.
Je pose une ligne.
Puis une autre.
J’approche une couleur.
Quelque chose se resserre.
Je déplace une forme. J’ouvre un vide.
J’enlève parfois ce que je viens de faire.
Ma main continue tant que que la feuille résiste.
Puis, presque imperceptiblement,
l’espace change.
Quelques millimètres.
Une couleur déplacée.
Un vide laissé là où je pensais devoir remplir.
Et la feuille respire.
Moi aussi.
Certains dessins sont trop pleins.
Je le sens avant même de savoir ce qui
les encombre.
Alors j’écarte.
J’allège.
Je laisse une ouverture.
Je ne sais pas si je donne de l’air au dessin ou
si c’est lui qui m’en rend.
Mon souffle entre dans le geste.
Le geste revient jusqu’à moi.
Dans le monde aussi, il m’arrive de manquer
d’air sans que rien, extérieurement, semble
avoir changé.
Je continue à parler, à marcher, à faire ce que
j’ai à faire.
Mais quelque chose reste contracté.
Parfois, presque rien suffit.
Une parole qui ne demande pas à être
déchiffrée.
Une présence auprès de laquelle mon
attention peut cesser de monter la garde.
Un instant où ce que je vois et ce que je
ressens peuvent simplement rester là.
Alors je n’ai plus besoin de vérifier.
Dans mon monde, tout possède une texture,
une fréquence, une densité.
Tout peut prendre beaucoup de place.
Sur la feuille, je peux ouvrir un passage.
Entre deux lignes.
Autour d’une forme.
Dans un morceau de papier laissé nu.
Je croyais peut-être que dessiner consistait
à remplir.
Je découvre que je dessine aussi ce que je
laisse vide.
Et lorsque cet espace apparaît sur la feuille,
quelque chose s’ouvre en moi au même
endroit.
Pendant un instant, je retrouve mon élément.
Je ne survis plus.
Je respire.
