Pour le public français, Silvia Monti restera d’abord Sofia dans Le Cerveau de Gérard Oury, sorti en 1969. Elle y apparaît aux côtés d’un casting devenu presque irréel avec le temps : Jean-Paul Belmondo, Bourvil, David Niven et Eli Wallach. Au milieu de cette mécanique comique gigantesque, la jeune actrice italienne impose immédiatement sa présence. Elle a 23 ans, une beauté très cinématographique et cette élégance italienne qui n’a besoin d’aucun effet supplémentaire. À l’époque déjà, Le Monde remarquait la « ravissante sœur » incarnée par Monti dans le film.
Née le 23 janvier 1946, Silvia Monti appartient à cette génération d’actrices italiennes apparues à la fin des années 1960, lorsque le cinéma populaire européen circulait encore naturellement entre Rome et Paris. Sa carrière sera courte mais particulièrement dense. Elle travaille notamment avec Alberto Lattuada et Lucio Fulci, avant de tourner avec Alberto Sordi dans Tant qu’il y aura la guerre, il y aura de l’espoir (Finché c’è guerra c’è speranza), l’un de ses rôles les plus connus en Italie.
Et puis, chose devenue presque inconcevable dans une époque où la célébrité cherche à se prolonger indéfiniment, Silvia Monti décide de partir. En 1974, alors qu’elle est encore très jeune et que sa carrière pourrait continuer, elle quitte pratiquement le cinéma pour se consacrer à sa vie familiale. Elle ne tentera pas vingt ans plus tard un retour nostalgique, ne cherchera pas à entretenir artificiellement son image et restera largement éloignée des projecteurs.
Sa vie se poursuivra ainsi loin des plateaux. Après un premier mariage avec Luigi Donà dalle Rose, l’un des fondateurs de Porto Rotondo en Sardaigne, elle épousera par la suite l’entrepreneur italien Carlo De Benedetti.
C’est peut-être précisément cette disparition volontaire des écrans qui rend aujourd’hui son souvenir si particulier. Silvia Monti appartient à ces comédiennes dont l’image n’a pas eu le temps de vieillir au cinéma. Pour beaucoup de Français, elle restera éternellement cette jeune Italienne de Le Cerveau, surgissant au milieu de Belmondo, Bourvil et David Niven dans l’une des grandes comédies populaires de la fin des années 1960.
Une carrière de quelques années seulement, une poignée de films et pourtant un visage que l’on reconnaît encore plus d’un demi-siècle plus tard.
Le cinéma possède parfois ce pouvoir étrange : quelques minutes sur un écran peuvent suffire à fabriquer une forme d’éternité.
