Art of Juliette

Dans les deux sens.

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Dans les deux sens.

« Je croyais construire quelque chose devant moi.
Je découvre que le geste construit aussi l’endroit intérieur depuis lequel je regarde. »

Lorsque je dessine, je ne donne pas simplement une forme à quelque chose qui serait déjà organisé en moi. Je commence souvent sans savoir. Une ligne en appelle une autre, une couleur déplace un équilibre, une répétition installe un rythme. Peu à peu, le dessin trouve sa structure et je découvre que quelque chose s’organise en moi au même moment. Les perceptions accumulées ne sont pas représentées : elles entrent dans le geste et participent à une cohérence que je ne connaissais pas avant de commencer. Je croyais construire mes dessins. Je comprends aujourd’hui que la structure circule dans les deux sens.

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Une feuille est devant moi.

Je trace une ligne.

Puis une autre.

Je ne sais pas encore ce qu’elles construiront.

Certaines se rencontrent, d’autres s’éloignent.
Une forme apparaît. Une couleur vient en
déplacer l’équilibre. Je reprends, je répète, je
poursuis.

Peu à peu, quelque chose tient.

Je pourrais croire que cette organisation ne
concerne que le dessin.

Pourtant, au même moment, quelque chose
se produit en moi.

Les perceptions de la journée sont encore
présentes. Une voix, une couleur, la tension
d’un geste, une température, un détail aperçu
quelques secondes.

Je ne cherche pas à les représenter.

Je ne les reconnais même pas toujours.

Mais elles sont là.

Elles entrent dans le rythme de ma main, dans
mes répétitions, dans les distances que
j’installe entre les formes, dans une couleur
choisie sans savoir pourquoi.

Alors une organisation apparaît.

Je pensais qu’il fallait d’abord savoir ce que
l’on avait en soi pour pouvoir ensuite lui
donner une forme.

Mon expérience est presque inverse.

Je ne possède pas toujours cette forme avant
de commencer.

C’est le geste qui la cherche.

En avançant sur le papier, ma main établit des
relations que ma pensée n’avait pas encore
formulées. Elle rapproche, sépare, répète,
interrompt. Elle construit une cohérence que
je découvre en même temps qu’elle apparaît.

Pendant que le dessin prend forme, quelque
chose en moi en prend une aussi.

C’est peut-être pour cela que l’arrêt du dessin
produit une sensation si particulière.

Ce n’est pas seulement une activité
qui manque.

C’est un mode d’organisation qui
s’interrompt.

Lorsque je dessine, je n’exprime donc pas
simplement un intérieur qui existerait déjà,
Intact, avant le geste.

Une partie de cet intérieur se construit
pendant que ma main avance.

Je croyais donner une structure à
mes dessins.

Je découvre que cette structure circule dans
les deux sens.

Je construis le dessin.

Et, pendant ce temps, le dessin construit
l’endroit depuis lequel je peux continuer.

Certains articles du Mague bénéficient d’un éclairage ponctuel et maîtrisé de l’intelligence artificielle.

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