C’est pas comme ça qu’on va y arriver,
C’est pas comme ça qu’on va gagner,
C’est pas comme ça qu’on va avancer
Alors qu’il faut rétrograder,
C’est pas comme ça qu’on va s’embrasser,
C’est pas comme ça qu’on pourra s’aimer,
C’est pas comme ça qu’on f’ra des bébés…
C’est pas comme si on savait gérer,
Comme si on savait où aller,
C’est pas comme s’il fallait s’affoler,
Comme si on courrait sans tomber
Jusqu’à la ligne d’arrivée,
Comme si on savait s’amarrer,
Dans la tempête, dans la traversée…
Houhou, houhou, houhou, houhou…
C’est comme ça,(bis)
Dans le tapis, on s’est pris les pieds,
Et du cheval, on a basculé,
C’est sur le cul, qu’on va retomber…
C’est pas comme ça qu’on va s’arrêter
De faire les cons à longueur d’année,
C’est pas comme ça qu’on va résister,
Même les gaulois se sont effondrés,
Et sur leurs têtes, le ciel est tombé
Malgré leurs dieux, leurs boucliers,
Malgré Uderzo et René…
Houhou, houhou, houhou, houhou…
C’est comme ça,(bis)
Dans le tapis, on s’est pris les pieds,
Et du cheval, on a basculé,
C’est sur le cul, qu’on va retomber…
C’est pas comme ça qu’on va y arriver,
Comme ça qu’on va décarboner
Comme ça qu’on va lever le pied,
C’est pas comme ça qu’on va les changer
Nos habitudes de retraités,
Sans doute il faudrait consulter,
Peut-être on devrait se parler…
Houhou, houhou, houhou, houhou…
C’est comme ça,(bis)
Oui c’est comme ça qu’on s’est sinistré,
C’est bien comme ça qu’on va épuiser
La terre et ce qu’elle peut nous donner,
Comme ça qu’on va se détester,
Comme ça qu’on va s’entre-tuer,
Comme ça qu’on va s’atomiser,
Qu’on va détruire l’humanité…
Analyse du texte de la chanson
« C’est pas comme ça » repose sur une formule d’une simplicité presque banale, une expression du quotidien que l’on emploie lorsqu’on constate qu’une méthode ne fonctionne pas. Mais à force d’être répétée tout au long de la chanson, elle change de dimension.
Elle ne signifie plus seulement « ce n’est pas la bonne façon de faire », elle devient progressivement le constat que notre manière actuelle de vivre, de produire, de consommer et d’avancer pourrait bien nous conduire dans le mur.
Le titre contient ainsi à la fois un reproche, un avertissement et une forme d’impuissance. Toute la construction du texte repose sur ce martèlement : « C’est pas comme ça qu’on va… ».
Arriver, gagner, avancer, s’embrasser, s’aimer, faire des enfants : les objectifs évoqués sont d’abord simples, presque intimes, avant que le propos ne s’élargisse jusqu’à l’avenir de l’humanité. On passe ainsi de l’individu au collectif, de l’amour à la survie de l’espèce, donnant à une chanson apparemment légère une portée beaucoup plus philosophique.
Un vers résume particulièrement bien son paradoxe central : « C’est pas comme ça qu’on va avancer / Alors qu’il faut rétrograder ». Dans nos sociétés, avancer signifie généralement produire davantage, consommer davantage, aller toujours plus vite. Ici, cette logique est retournée : pour continuer réellement à avancer, il faudrait peut-être accepter de ralentir, de revenir sur certains choix, de renoncer à une partie de cette fuite en avant. « Rétrograder » ne devient donc plus un signe d’échec, mais presque une forme de sagesse. Le deuxième couplet prolonge cette idée en attaquant l’illusion de maîtrise : « C’est pas comme si on savait gérer, / Comme si on savait où aller… ».
La répétition de « comme si » souligne notre capacité à faire semblant de contrôler l’avenir, la technologie, la planète ou les conséquences de nos décisions alors que notre situation demeure fragile. L’image de « la tempête » et de « la traversée » transforme alors l’humanité en un bateau sur lequel nous sommes tous embarqués, sans être certains de savoir où nous allons ni comment tenir le cap. Le refrain introduit ensuite un renversement : après tous les « c’est pas comme ça », surgit un « c’est comme ça ». Il ne s’agit pourtant pas d’une solution ou d’un mode d’emploi, mais plutôt d’un constat ironique : voilà où nous en sommes arrivés. « Dans le tapis, on s’est pris les pieds, / Et du cheval, on a basculé » raconte une chute que nous avons provoquée nous-mêmes.
Le cheval peut symboliser la puissance, la conquête et la maîtrise, mais nous finissons malgré tout à terre pour avoir perdu l’équilibre. La référence aux Gaulois poursuit ce mélange d’humour et de gravité : « Même les Gaulois se sont effondrés, / Et sur leurs têtes, le ciel est tombé ». L’allusion à Albert Uderzo et René Goscinny convoque évidemment l’univers d’Astérix et cette fameuse crainte de voir le ciel tomber sur la tête. Derrière le clin d’œil se cache pourtant une idée sérieuse : aucune civilisation n’est invincible, aucune force, aucune tradition et aucune certitude ne garantissent de durer éternellement.
Il n’existe pas de potion magique capable de nous protéger indéfiniment de nos propres erreurs. Le dernier couplet révèle enfin très clairement la dimension écologique du texte avec « C’est pas comme ça qu’on va décarboner ».
La chanson rejoint les préoccupations liées au changement climatique, à l’épuisement des ressources et à la nécessité de modifier nos modes de vie, mais elle évite volontairement le discours technique pour se concentrer sur ce qui constitue peut-être le véritable problème : notre difficulté à changer nos habitudes. La référence à « nos habitudes de retraités » élargit d’ailleurs la responsabilité. Il ne s’agit pas d’accuser seulement les jeunes, les anciens, les dirigeants ou les industriels, mais d’interroger un confort collectif auquel chacun participe à sa manière. La conclusion, « Comme ça qu’on va détruire l’humanité », donne alors tout son sens au texte.
Le danger n’est pas forcément présenté comme une apocalypse brutale ou un événement spectaculaire. Il pourrait simplement être le résultat d’une accumulation de petites décisions, de renoncements, d’aveuglements et d’inactions. La catastrophe ne surgirait pas soudainement : elle deviendrait la conséquence logique d’une trajectoire que tout le monde voit, mais que personne ne parvient réellement à modifier. Sous une forme simple, répétitive, parfois drôle et volontairement populaire, « C’est pas comme ça » raconte donc quelque chose de profondément contemporain : nous savons en partie ce qui ne fonctionne plus, nous savons même parfois ce qu’il faudrait changer, mais nous continuons malgré tout à avancer dans la même direction.
Ecouter la chanson sur la page de Y2R : https://youtu.be/H8glzR8kdTk
