L’intelligence artificielle pourrait être ici un formidable terrain de jeu. Elle permet aujourd’hui d’inventer des univers impossibles, de détourner les codes du cinéma, de fabriquer de l’absurde, de la poésie, du spectaculaire ou une véritable satire de notre époque. Mais encore faut-il avoir quelque chose à en faire. Utilisée simplement comme une machine à produire du « gros », du muscle, du métal et de l’affrontement, elle devient exactement l’inverse de ce qu’elle pourrait être : non plus un outil d’imagination, mais un amplificateur de clichés.
Et c’est probablement ce qui gêne le plus dans ce teaser. Tout paraît daté alors que la technologie utilisée est ultramoderne. L’homme contre la machine. Le héros qui bombe le torse. Le combat présenté comme événement ultime. La virilité spectaculaire. Le robot forcément menaçant. On convoque l’IA pour finalement reproduire un imaginaire que les séries B exploitent depuis des décennies.
Il y avait pourtant matière à faire quelque chose de franchement drôle. Hanouna affrontant un robot aurait pu devenir une excellente parodie de lui-même, de la télévision, de l’ego médiatique et même de cette époque fascinée par l’intelligence artificielle. Il aurait fallu pousser l’autodérision jusqu’au bout, retourner le concept contre son propre personnage, rendre le robot plus intelligent que l’humain, ou faire de ce combat annoncé une satire du spectacle permanent.
À la place, le projet semble prendre au premier degré ce qui aurait précisément mérité d’être dynamité par l’humour.
C’est là que le résultat devient presque réactionnaire dans son imaginaire, non pas politiquement au sens strict, mais culturellement : face à une technologie nouvelle, on revient aux représentations les plus anciennes. Un homme, une machine, des poings, un vainqueur. Comme si le futur ne pouvait être pensé qu’avec les codes du passé.
Le plus dommage est peut-être que cette faiblesse arrive au moment même où les images générées par IA commencent à perdre leur pouvoir de sidération. Voir quelque chose d’impossible ne suffit déjà plus. Le public s’habitue à une vitesse phénoménale. La question n’est donc plus : « Comment ont-ils fabriqué cette image ? », mais : « Pourquoi me montrent-ils cette image ? »
Et c’est précisément là que ce teaser paraît vide.
On pourra évidemment répondre que le but est simplement de faire parler, de provoquer des réactions, d’occuper les réseaux et d’annoncer un spectacle. À cette aune, l’opération fonctionne puisque nous en parlons. Mais cette vieille justification du « buzz réussi » finit elle aussi par tourner en rond. Faire parler n’est pas forcément faire événement. Attirer l’œil n’est pas nécessairement produire une idée.
Cyril Hanouna a construit une grande partie de son efficacité médiatique sur sa capacité à sentir ce qui provoque, amuse, agace ou divise. Mais à force de vouloir transformer chaque annonce en événement plus énorme que la précédente, on rencontre une limite assez simple : le spectaculaire sans surprise devient terriblement banal.
Un homme contre un robot aurait pu être fou.
Cela aurait pu être drôle.
Cela aurait même pu être une petite satire brillante de notre fascination actuelle pour l’IA.
Pour l’instant, cela ressemble surtout à une idée de cinq minutes à laquelle on aurait donné les moyens de durer beaucoup trop longtemps.
Et finalement, le problème n’est même pas le robot.
C’est qu’en regardant le teaser, on aurait presque envie qu’il soit le seul à avoir quelque chose de nouveau à nous raconter.
