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Russie–Ukraine : où en est réellement la guerre en cet été 2026 ? État des lieux au 9 août 2026.

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Russie–Ukraine : où en est réellement la guerre en cet été 2026 ? État des lieux au 9 août 2026.

À force de durer, la guerre en Ukraine donne parfois l’impression de s’être figée. C’est trompeur. Quatre ans et demi après l’invasion russe de février 2022, les combats restent extrêmement violents, mais leur nature a changé. Les immenses mouvements de troupes des premières années ont laissé place à une guerre d’usure où quelques kilomètres, parfois quelques centaines de mètres, se paient très cher. La Russie conserve globalement l’initiative terrestre, mais elle ne parvient pas, cet été, à provoquer l’effondrement de l’armée ukrainienne.

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Moscou occupe toujours environ un cinquième du territoire ukrainien, en comptant la Crimée annexée en 2014. La quasi-totalité de l’oblast de Louhansk est sous contrôle russe, comme une très large partie de celui de Donetsk, ainsi que de vastes portions des régions de Zaporijjia et de Kherson. En mars, les autorités installées par Moscou estimaient que l’Ukraine ne contrôlait plus que 15 à 17 % de la région de Donetsk. Ces chiffres doivent évidemment être maniés avec prudence lorsqu’ils viennent d’un camp belligérant, mais ils correspondent à une réalité générale : le Donbass reste aujourd’hui le cœur de la bataille.

Le secteur le plus stratégique se trouve autour de Kostiantynivka, au sud de ce que les militaires appellent la « ceinture fortifiée » ukrainienne, prolongée vers Droujkivka, Kramatorsk et Sloviansk. La Russie cherche à désarticuler progressivement cette ligne défensive qui protège ce que l’Ukraine contrôle encore du Donbass. Depuis le printemps, de petits groupes russes s’infiltrent dans et autour de Kostiantynivka tandis que Moscou tente également des mouvements d’enveloppement. Mais la bataille n’a rien d’une promenade militaire : les avancées restent lentes et coûteuses. Fin juin, Reuters décrivait déjà une progression russe dans la ville sans percée opérationnelle décisive.

C’est même l’un des paradoxes de cet été. La Russie avance, mais beaucoup moins vite qu’en 2025. Selon les évaluations de l’Institute for the Study of War, l’offensive russe du printemps et de l’été 2026 n’a jusqu’ici obtenu que des résultats territoriaux limités. L’organisme estimait qu’en juin les forces russes n’avaient avancé ou infiltré qu’une trentaine de kilomètres carrés selon sa méthodologie, très loin du rythme observé un an auparavant. Les chiffres exacts varient selon les cartographes et la définition d’une zone « contrôlée », mais tous montrent une guerre redevenue extrêmement lente.

Cela ne signifie pas que la situation ukrainienne soit confortable. La Russie conserve un avantage démographique et dispose encore d’une importante capacité à renouveler ses hommes et ses matériels. L’Ukraine, elle, souffre toujours d’un problème de recrutement et d’effectifs. Mais les Ukrainiens ont trouvé une manière de compenser partiellement ce déséquilibre : le drone est devenu le véritable roi du champ de bataille. Un véhicule, un groupe d’infanterie ou un camion de ravitaillement repéré à plusieurs kilomètres du front peut être frappé en quelques minutes. Des portions entières de territoire sont devenues des « kill zones » dans lesquelles circuler est extrêmement dangereux.

Cette révolution technologique explique en partie pourquoi une supériorité numérique ne suffit plus à percer une ligne de défense. Les drones ukrainiens frappent les véhicules, les dépôts et les axes logistiques russes ; les Russes font exactement la même chose sur les voies d’approvisionnement ukrainiennes. Autour de Kostiantynivka, certaines livraisons sont désormais assurées par des robots terrestres, les véhicules classiques étant devenus trop vulnérables.

Mais l’Ukraine ne se contente plus de défendre son territoire. Depuis plusieurs mois, elle mène une campagne beaucoup plus agressive dans la profondeur du territoire russe et dans les zones occupées.

Raffineries, dépôts de carburant, voies ferrées, centres logistiques et infrastructures utilisées pour l’effort militaire sont régulièrement visés. Les attaques contre les installations pétrolières russes ont notamment provoqué des tensions sur l’approvisionnement en carburant dans certaines régions et en Crimée occupée. Kyiv cherche ainsi moins à conquérir immédiatement du territoire russe qu’à diminuer progressivement la capacité de Moscou à alimenter son armée.

La Russie répond avec une autre arme : l’intensification spectaculaire de la guerre aérienne contre les villes ukrainiennes. C’est probablement l’évolution la plus préoccupante de cet été 2026. Les vagues de drones restent massives, mais Moscou utilise également davantage de missiles balistiques, beaucoup plus difficiles à intercepter. Le 4 août, une attaque contre Kyiv et sa région a fait au moins 17 morts. L’armée ukrainienne indiquait avoir détruit près de 90 % des 115 drones lancés cette nuit-là, mais aucun des 24 missiles balistiques ni des quatre missiles Zircon utilisés dans cette attaque n’avait pu être intercepté.

Le problème ukrainien tient notamment à la pénurie de missiles pour les batteries Patriot, l’un des rares systèmes capables d’intercepter certains missiles balistiques russes. Zelensky affirme que les livraisons de missiles antiaériens sont devenues nettement inférieures à celles de 2025. Washington discute désormais de la possibilité de permettre à l’Ukraine de fabriquer certains composants de missiles Patriot, éventuellement avec un assemblage final en Europe, mais une telle production demanderait du temps.

La guerre s’internationalise aussi davantage. La coopération militaire entre Moscou et Pyongyang a franchi plusieurs étapes. Des soldats nord-coréens avaient déjà été déployés en Russie. Ce 9 août, Zelensky affirme qu’une décision aurait été prise pour envoyer 30 000 à 50 000 militaires nord-coréens supplémentaires sur le territoire russe. Cette estimation ukrainienne n’est pas vérifiée indépendamment et doit donc être présentée comme telle. Pyongyang fournit également à Moscou des munitions et des missiles, et les renseignements ukrainiens affirment qu’une unité nord-coréenne équipée de missiles balistiques a été déployée dans l’ouest de la Russie.

Sur le plan diplomatique, en revanche, on est pratiquement revenu au point mort.

Plusieurs séries de discussions avaient pourtant eu lieu : Istanbul en 2025, puis Abou Dhabi et Genève au début de 2026 avec une médiation américaine. Les négociations ont permis quelques résultats humanitaires, notamment des échanges de prisonniers, mais aucun accord politique. En juillet, le Kremlin reconnaissait lui-même qu’il n’existait aucune perspective immédiate de reprise véritable des négociations.

Le blocage reste fondamentalement territorial. Vladimir Poutine exige que la Russie obtienne le contrôle de l’ensemble du Donbass, y compris les territoires qu’elle ne possède toujours pas. Kyiv refuse de reconnaître juridiquement l’annexion des régions occupées et réclame des garanties de sécurité solides. Donald Trump a tenté depuis son retour à la Maison-Blanche de pousser les deux camps vers un accord, mais ses efforts n’ont pas produit le cessez-le-feu annoncé ou espéré. Les négociations de Genève en février s’étaient achevées sans percée majeure malgré ce que Washington avait alors qualifié de « progrès significatifs ».

L’Europe, de son côté, demeure essentielle au maintien de l’Ukraine. Kyiv estime ses besoins militaires pour 2026 à des dizaines de milliards d’euros supplémentaires. Début août, l’Union européenne a encore décidé de transférer 1,4 milliard d’euros provenant des intérêts générés par les avoirs russes gelés afin de soutenir l’Ukraine. Ce financement ne règle évidemment pas toutes les difficultés, notamment celles concernant les systèmes de défense aérienne et les munitions.

Et pendant que diplomates et états-majors calculent, les populations continuent de payer. Le 9 août encore, Odesa, Kharkiv et plusieurs autres régions ukrainiennes ont été frappées, tandis que des drones ukrainiens touchaient la région russe de Belgorod. Les Nations unies recensent désormais plus de 16 000 civils tués depuis le début de l’invasion à grande échelle, très majoritairement en Ukraine, avec une forte augmentation des victimes civiles au premier semestre 2026.

Alors, qui est en train de gagner ?

La réponse la plus sérieuse est : personne n’a gagné, mais la Russie possède davantage de territoire qu’avant 2022 et conserve une pression militaire supérieure sur plusieurs fronts. Elle n’est cependant pas parvenue à briser l’Ukraine. Kyiv, de son côté, n’a aujourd’hui ni les moyens militaires ni humains de reconquérir rapidement l’ensemble des territoires occupés, mais elle reste capable de bloquer ou ralentir les offensives russes, de reprendre localement du terrain et surtout de frapper beaucoup plus loin derrière le front qu’au début de la guerre.

La guerre de l’été 2026 n’est donc plus vraiment celle des colonnes de chars que nous regardions en février 2022. C’est une guerre de drones, de robots, de missiles balistiques, de brouillage électronique, d’usure industrielle et de quelques kilomètres gagnés ou perdus après des semaines de combats. La Russie espère que le temps épuisera l’Ukraine et ses alliés. L’Ukraine parie au contraire sur la technologie, l’érosion de la logistique russe et la capacité de l’Europe à continuer de la financer.
Pour l’instant, aucun des deux calculs n’a définitivement fonctionné. Et surtout, en ce 9 août 2026, rien n’indique encore que la guerre soit réellement proche de sa fin.

Certains articles du Mague bénéficient d’un éclairage ponctuel et maîtrisé de l’intelligence artificielle.

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