Chaque jour, je dois affronter votre normalité.
Vous l’appelez le quotidien.
Moi, je m’y prépare.
Ce qui vous paraît simple me demande une
énergie immense.
Il m’arrive de penser que gravir le mont Blanc
serait plus facile que traverser une journée
ordinaire.
La montagne ne me demanderait qu’un
seul effort.
Le quotidien me les demande tous à la fois.
Je ne lutte pas contre l’exceptionnel.
Je lutte contre l’évidence.
Avant de franchir une porte, je rassemble
mon attention.
Je tente de donner un peu de stabilité à ce
qui vacille déjà.
Puis le monde arrive.
Les voix.
Les regards.
Les lumières.
Les mouvements.
Les imprévus.
Les attentes.
Les détails.
Rien ne s’arrête au seuil.
Tout poursuit son chemin en moi.
Alors quelque chose se remplit.
Encore.
Puis encore.
Jusqu’à ce que plus rien ne circule.
C’est là que je crée.
Je ne crée pas pour fuir.
Je ne crée pas pour expliquer.
Je crée parce qu’il faut qu’un
passage s’ouvre.
Une ligne.
Un mot.
Une couleur.
Parfois, cela suffit.
Ce qui m’envahissait trouve enfin
un mouvement.
Je ne retire rien au monde.
Je lui donne une forme dans laquelle il peut
continuer à vivre sans me submerger.
Le monde est toujours aussi vaste.
Toujours aussi intense.
Mais il recommence à circuler.
Alors je respire.
