Il suffit parfois de presque rien.
Une déception.
Une attitude.
Un changement de programme.
L’imprévu résonne en moi comme un danger.
Alors quelque chose cède.
Je suis prise de panique.
Non parce que le monde est
devenu menaçant.
Mais parce qu’il a changé avant que j’aie pu
le rejoindre.
Je vis une apocalypse émotionnelle.
Tout mon être cherche soudain un
nouvel équilibre.
Ce que je ressens ne se dit pas.
Cela se déploie.
Les autres semblent déjà savoir où aller.
Moi, je cherche encore où me tenir.
On me parle.
On attend une réponse.
Une réaction.
Une évidence.
À l’intérieur, il y a d’abord une question.
Je cherche les contours avant d’habiter ce qui
est en train de se passer.
On attend de moi une réponse quand j’ai
encore une question.
C’est peut-être cela, vivre sur ce fil.
Ne jamais être complètement en dehors.
Ne jamais être tout à fait au même rythme.
Marcher dans un équilibre que personne
ne voit.
Chaque échange devient une traduction.
Comprendre ce qui se joue entre les lignes.
Entendre ce qui n’a pas été dit.
Percevoir ce qui a déjà changé.
Les autres avancent.
Moi, je traduis.
Je traduis leurs mots.
Leurs silences.
Leurs attentes.
Leurs changements.
Je traduis le monde avant de pouvoir y
prendre place.
Parfois, je m’y perds.
Non parce que je comprends moins.
Parce que je comprends autrement.
Le dessin connaît ce chemin.
Une feuille ne demande jamais une
réponse immédiate.
Elle reste ouverte.
Elle attend.
Le trait n‘a pas besoin d’avoir raison.
Il avance.
Il hésite.
Il revient.
Il cherche, lui aussi.
Alors je comprends peut-être pourquoi
je dessine.
Non pour représenter le monde.
Mais pour apprendre à le rejoindre.
Chaque ligne est une traduction.
Chaque dessin est une manière d’habiter
enfin ce que je n’avais pas encore réussi à
rejoindre.
