Il existe des langages que je continue
d’apprendre.
Leurs règles changent.
Leurs silences aussi.
Un même geste peut signifier
plusieurs choses.
Une même parole peut prendre un autre sens
selon celui qui l’écoute.
Je m’y aventure.
J’observe.
J’écoute.
J’apprends.
Puis il y a la lumière.
Elle aussi change.
Selon l’heure.
Selon la saison.
Selon les nuages qui traversent le ciel.
Mais jamais elle ne renonce à sa propre vérité.
La lumière et les couleurs naturelles ont une
logique que j’accepte.
Elles ne cherchent pas à produire une
impression.
Elles ne jouent aucun rôle.
Elles apparaissent.
Puis disparaissent.
Avec la même sincérité.
Je pourrais rester longtemps devant un reflet
posé sur l’eau.
Devant une clarté qui traverse une vitre.
Devant une lueur qui s’attarde quelques
secondes sur une pierre avant de s’effacer.
Je ne cherche pas à comprendre.
Je laisse simplement la lumière être ce
qu’elle est.
C’est dans cette observation précise et
extrême du monde que mon esprit trouve un
refuge.
Je n’ai rien à traduire.
Rien à soupçonner.
Rien à deviner.
La lumière ne cache pas son langage.
Elle se donne entièrement.
Je crois que c’est cette fidélité qui m’émeut.
Elle ne cherche jamais à devenir autre chose
qu’elle-même.
À force de la regarder, cette exigence est
entrée dans mon dessin.
Je ne cherche plus seulement une ligne juste.
Ni une composition juste.
Je cherche une présence juste.
Une présence qui ne force rien.
Qui ne masque rien.
Qui ne trahit pas ce qui lui est confié.
Dessiner est peut-être devenu cela.
Une manière d’apprendre, trait par trait, la
même fidélité silencieuse que la lumière offre
au monde depuis toujours.
