Originaire du canton de Berne, Jonas Lauwiner nourrit depuis longtemps une fascination pour les royaumes et les symboles du pouvoir. En 2019, il fonde ce qu’il baptise l’« Empire Lauwiner », une micronation imaginaire dotée de son propre drapeau, d’un hymne, d’une monnaie et même d’une cour. Lors d’une cérémonie organisée dans une église, il est symboliquement couronné par un prêtre devant une assemblée de proches. Si ce couronnement n’a évidemment aucune valeur juridique, il contribue à forger le personnage atypique qu’il incarne désormais.
Mais derrière cette image de souverain fantasque se cache un homme qui maîtrise parfaitement certaines subtilités du droit suisse. C’est d’ailleurs là que débute la véritable affaire.
En étudiant les registres fonciers, Jonas Lauwiner découvre qu’il existe de nombreuses parcelles dont les propriétaires sont inconnus ou qui n’ont jamais été revendiquées. Le droit suisse permet, sous certaines conditions très précises, d’en devenir légalement propriétaire après une procédure administrative. Profitant de cette possibilité, il multiplie les démarches pendant plusieurs années.
Le résultat est spectaculaire : il est aujourd’hui propriétaire de plus de 140 terrains, représentant plusieurs dizaines d’hectares répartis dans neuf cantons. Certaines parcelles sont de simples morceaux de forêt ou de montagne, mais d’autres comprennent des chemins et des routes privées.
C’est précisément ce qui inquiète les autorités. Jusqu’à présent, l’accumulation de ces terrains restait parfaitement légale. Mais la perspective de voir un particulier contrôler un nombre toujours plus important de parcelles pousse plusieurs cantons à réfléchir à une réforme. L’idée serait que les terrains sans propriétaire soient désormais attribués en priorité aux communes plutôt qu’à des particuliers.
Jonas Lauwiner affirme pourtant ne nourrir aucune ambition séparatiste. Selon lui, son « royaume » est avant tout un projet culturel et symbolique. Il assure ne pas vouloir remplacer les institutions suisses mais démontrer, à sa manière, qu’un citoyen peut utiliser les règles existantes pour construire un projet original. Son empire possède ainsi tous les attributs d’un État miniature : un drapeau, une devise, une monnaie, des cérémonies officielles et même une garde d’honneur composée de proches.
En parallèle de cette activité insolite, Jonas Lauwiner mène une vie beaucoup plus classique. Informaticien de profession, il s’est également engagé en politique locale en obtenant un mandat communal. Un contraste saisissant entre son quotidien et son personnage de « roi » qui contribue largement à entretenir sa notoriété.
Au-delà de l’anecdote, cette histoire révèle surtout les failles d’un système foncier que peu de personnes connaissaient. En exploitant une particularité du droit suisse sans enfreindre la loi, Jonas Lauwiner a contraint les autorités à s’interroger sur la nécessité de revoir certaines règles. Une preuve qu’une idée jugée extravagante peut parfois avoir des conséquences très concrètes sur le fonctionnement d’un pays.
