Se sentir en prière devant la création.
Être ému devant la beauté.
Devant la subtilité du monde.
Le regard fragile.
Sensible.
La douceur du matin qui se lève.
Être aux aguets.
Être à la première place de ce lever de
rideau naturel.
Je capte.
Je recueille.
J’observe le moindre changement de clarté.
Si ma vie à un sens, c’est peut-être celui de
ressentir ces émotions.
Je vibre dans chaque partie de mon corps.
Dans chaque pore de ma peau.
Dans ces instants suspendus, je me sens plus
vivante que vivante.
L’éternité se trouve peut-être dans la lumière.
Je suis émue devant ce mystère.
Le soleil dessine le monde.
Mes yeux suivent ses traits.
La lumière est une immatérialité aussi
existante qu’étrange.
Parfois elle est douce.
Parfois elle envahit tout.
Elle déborde.
Elle traverse mes paupières, même lorsque je
les ferme.
La lumière me parle toujours.
Nous partageons le même langage.
Lorsqu’elle s’approche, les surfaces brillent.
Les contrastes se durcissent.
Les couleurs crient.
Le monde devient saturé.
Je suis aimantée par l’évolution colorée de
chaque détail.
Dans ces moments-là, la lumière n’est
plus douce.
Elle possède une présence.
Une force.
Une personnalité.
Je suis attirée par elle comme est attiré
par une musique que l’on ne peut pas
expliquer.
Chaque jour qui se lève est mon théâtre.
Ma pièce.
Mon acte préféré.
J’assiste au passage de l’obscurité vers
la lumière.
À cette magie silencieuse qui laisse naître,
peu à peu, les couleurs naturelles de la vie.
C’est un voile qui se soulève.
Les formes deviennent présentes.
Lorsque la lumière se dépose doucement sur
les feuilles,
sur les pierres,
sur l’eau,
quelque chose s’ouvre.
Peut-être que la beauté existe partout.
Mais seuls certains regards savent attendre
qu’elle se révèle.
Le mien demeure grand ouvert.
Plus grand.
Plus fort.
Parfois plus intensément que je ne le
souhaiterais.
Chaque variation de lumière.
Chaque contraste.
Chaque couleur.
Chaque souffle d’air.
Traverse mon corps avant de devenir
une pensée.
Sur la route de mon existence, la lumière n’a
jamais été un détail.
Elle est une expérience complète.
Une architecture de sensations.
Une symphonie silencieuse qui traverse
mes yeux,
mon corps,
et mes pensées.
Lorsque je dessine,
je ne cherche pas à retenir cette lumière.
Je cherche à rester fidèle à l’émotion de son
apparition.
Car le dessin commence peut-être
exactement là.
Dans cet instant où le monde devient assez
présent pour que la main éprouve le besoin
de le suivre.
