La lumière n’est jamais simplement de
la lumière.
Elle n’est pas un décor posé sur le monde.
Elle est une présence.
Presque une voix.
Lorsque la lumière change, le monde change
avec elle.
Les formes se dessinent avec une précision
presque musicale.
Les feuilles vibrent doucement.
Les murs se réchauffent.
Les couleurs respirent.
Tout semble exister avec une intensité calme.
Absolue.
Je ne regarde pas la lumière.
Je la ressens.
Je me sens reliée au monde.
À l’air.
À la lumière.
Aux odeurs.
Tout arrive ensemble.
Le matin, lorsque le soleil glisse entre les
branches ou se pose sur les façades, chaque
rayon possède sa propre intensité.
Sa propre température.
Sa propre manière d’habiter l’espace.
Là où d’autres perçoivent une lumière
uniforme, je découvre des profondeurs.
Des couches.
Des strates.
L’or pâle d’une lumière timide.
Le blanc cru qui effleure jusqu’à piquer.
Le bleu froid qui demeure suspendu dans l’air.
Les couleurs ne recouvrent pas les choses.
Elles les révèlent.
La lumière devient sensible.
Elle donne une épaisseur au monde.
Avant les mots.
Avant le trait.
Alors je dessine.
Non pour reproduire ce que je vois.
Mais pour accompagner ce moment fragile où
le monde devient perceptible.
Le trait ne crée rien.
Il rejoint un mouvement déjà commencé.
Celui de la lumière.
Peut-être est-ce cela, dessiner.
Accorder sa main à ce que la lumière révèle
avant nous.
Depuis toujours, je ne cherche peut-être
qu’une seule chose.
Ne pas perdre cet instant où le monde
commence à respirer.
