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« Les 400 coups » : quand 23 auteurs de BD retournent sur les bancs d’une école qui savait cogner

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« Les 400 coups » : quand 23 auteurs de BD retournent sur les bancs d'une école qui savait cogner

Certains souvenirs d’école tiennent dans une odeur de craie, un cartable trop lourd ou une photographie de classe. D’autres restent imprimés beaucoup plus profondément : une gifle, une humiliation devant les camarades, une punition arbitraire, une brute croisée dans la cour ou cette phrase assassine prononcée par un adulte censé vous aider à grandir. Avec Les 400 coups, vingt-trois auteurs et autrices de bande dessinée rouvrent leurs vieux cahiers pour raconter ce que la nostalgie scolaire préfère habituellement laisser dans la marge.

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Dirigé par la dessinatrice Evemarie, ce volumineux album collectif paraîtra chez Fluide Glacial le 26 août 2026. Son sous-titre résume parfaitement le programme : « Certains les font, d’autres les prennent ». Sur 112 pages, Mazurie, Fabcaro, Jocelyn Joret, Gilles Rochier, Laetitia Coryn, Romain Dutreix, Claire Bouilhac, Gally, Efix, Fabrice Erre, James, Soulcié, Bouzard et bien d’autres confrontent leurs styles graphiques à leurs pires souvenirs de classe.

L’idée du livre est née dans le sillage des révélations concernant les violences commises pendant des décennies dans certains établissements scolaires. En entendant les témoignages et l’indignation publique, Evemarie a vu remonter sa propre enfance passée dans l’enseignement privé, à une époque où l’autorité brutale pouvait encore être considérée comme une méthode éducative presque normale. Elle commence alors à raconter son expérience en bande dessinée. Les réactions affluent, venues de lecteurs anonymes comme de collègues dessinateurs. Jean-Christophe Menu lui transmet notamment d’anciennes pages consacrées à un enseignement privé particulièrement violent.

Ce qui devait être une histoire personnelle devient alors une expérience collective. Derrière les différences de générations, de milieux et d’établissements, chacun semble posséder son épisode douloureux, absurde ou humiliant. L’école apparaît comme un décor commun dans lequel les violences prennent pourtant des formes très diverses : coups donnés par des enseignants, harcèlement entre élèves, humiliations publiques, racket, orientation scolaire décourageante ou simple sentiment d’être définitivement classé parmi les incapables.

L’album ne cherche cependant pas à transformer ses auteurs en procureurs ni à dresser un acte d’accusation contre l’école actuelle. Evemarie insiste sur cette nuance : le collectif ne prétend pas parler au nom des victimes d’affaires beaucoup plus graves, notamment celles liées aux violences sexuelles ou aux sévices institutionnels. Les auteurs racontent des événements dont ils ont pu se relever et qu’ils peuvent aujourd’hui regarder avec suffisamment de recul pour les transformer en récits, parfois frontaux, souvent drôles.

Car Les 400 coups reste bien un album de Fluide Glacial. L’humour y sert de révélateur autant que de protection. Il ne gomme pas la violence, mais empêche celle-ci de devenir un discours pesant ou misérabiliste. Sous des titres comme Les Choux-fleurs, J’irai pisser sur sa tombe, Tartes à la cantoche, L’Enfer de l’orientation, La Machine à marave ou La Vengeance est un plat qui se mange au froid, les traumatismes scolaires changent de forme sans perdre leur vérité.

Mazurie raconte ainsi comment des élèves de CM1, terrorisés par un maître autoritaire, finissent par rentrer la tête dans les épaules jusqu’à ressembler à des choux-fleurs. Gilles Rochier se souvient d’un professeur d’espagnol lui assénant un coup de tête, tandis que Jocelyn Joret évoque deux harceleurs qui ont failli lui faire abandonner le dessin. Claire Bouilhac, elle, revient sur une conseillère d’orientation lui affirmant qu’aucune formation de dessin n’existait en France.

Fabcaro transforme la lâcheté ordinaire de la cour de récréation en aventure de superhéros avec Détournelattentionman, spécialiste de la diversion lorsqu’un grand s’en prend à un plus petit. James propose avec Agnostalgie un témoignage décrit par Evemarie comme l’un des plus bouleversants du recueil, parce qu’il interroge la mémoire et la manière dont le cerveau peut enfouir certains événements pendant plusieurs décennies.

Le collectif montre également que la souffrance scolaire n’est pas réservée aux élèves considérés comme mauvais. Bob raconte le sort du bon élève traité de « fayot », tandis qu’Efix revient sur les heures de colle, les conseils de discipline et le redoublement qui ont jalonné son parcours avant une confrontation particulièrement violente avec un professeur de mathématiques. D’autres récits mettent en scène des pensionnats religieux, des écoles professionnelles, des cantines hostiles ou ces toilettes de collège qui deviennent parfois de véritables zones de non-droit.

Derrière les gags et les caricatures se dessine une conviction simple : les humiliations ne sont pas une méthode pédagogique, les coups ne forgent pas nécessairement le caractère et la peur n’a jamais constitué un enseignement. Dire que « l’école, c’était mieux avant » revient souvent à oublier ceux qui s’y taisaient parce qu’ils n’avaient ni les mots ni les adultes disponibles pour les écouter.

Evemarie souhaite pourtant que les enseignants d’aujourd’hui puissent eux aussi rire en lisant l’album. Plusieurs participants au collectif, dont Fabrice Erre et Jérôme Jouvray, sont d’ailleurs devenus professeurs. Le livre ne nie pas l’investissement de ceux qui exercent actuellement ce métier difficile. Il rappelle simplement ce que l’institution ne devrait plus jamais tolérer, qu’il s’agisse de violences commises par des adultes ou de harcèlement entre élèves.

Lorsqu’on lui demande ce qu’elle dirait aujourd’hui à la petite fille qu’elle était, Evemarie répond : « Lâche rien. Rien n’est impossible. » Une phrase simple, presque banale, mais qui prend une force particulière lorsqu’on sait qu’on lui avait autrefois répété qu’elle était trop bête et qu’elle ne ferait jamais rien de sa vie.

Elle est finalement devenue dessinatrice, autrice et coordinatrice d’un album réunissant vingt-trois signatures de la bande dessinée française. Une manière assez élégante de rendre son bulletin scolaire à ceux qui l’avaient rempli trop vite.

Les 400 coups, sous la direction d’Evemarie, paraîtra le 26 août 2026 aux éditions Fluide Glacial. L’album comptera 112 pages et sera vendu 18,90 euros.

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