J’ai effectué un voyage dans les profondeurs
de ma conscience.
Un voyage où le passé, le présent et les
souvenirs cessaient d’être séparés.
Des images.
Des mots.
Des scènes.
Ils revenaient comme les fragments
d’un puzzle.
Comme un kaléidoscope éclaté.
Je ne cherchais plus à les remettre
dans l’ordre.
Je les laissais apparaître.
Je me suis mise au rythme de la nature.
Au rythme de la lumière.
J’en ai accepté toutes les météos.
Le ciel changeait.
Le vent changeait.
La pluie changeait.
Et quelque chose changeait avec eux.
Une odeur ouvrait une enfance.
Une lumière faisait renaître une maison.
Une couleur rendait une présence si proche
que les années cessaient d’avoir de
l’importance.
Le corps reconnaissait avant les mots.
Les couleurs devenaient plus profondes.
Le jaune.
Le vert
Le noir.
Le bleu.
Et ce bleu.
Toujours ce bleu.
Le bleu roi.
Le bleu préféré de ma mère.
Le bleu des étoiles de Van Gogh.
Les couleurs ne décrivaient plus le monde.
Elles révélaient les liens invisibles qui le
traversaient.
Une sensation retrouvait une autre sensation.
Une lumière retrouvait une odeur.
Une odeur retrouvait un visage.
Un visage retrouvait un paysage.
Le temps ne revenait pas.
Il continuait.
J’ai eu peur.
J’ai eu mal.
Comme si quelque chose me traversait à vif,
du coeur jusqu’au cerveau.
Je me suis regardée dans le miroir.
Je n’y ai pas retrouvé mon passé.
J’y ai reconnu un regard qui n’avait jamais
cessé d’habiter le monde de cette manière.
Alors j’ai compris que certaines mémoires ne
vivent ni dans les mots ni dans les dates.
Elles vivent dans les relations silencieuses
entre les choses.
Peut-être est-ce pour cela qu’une couleur
peut contenir une enfance.
Qu’une odeur peut traverser toute une vie.
Qu’une lumière peut rendre le temps
soudain visible.
Depuis, je ne cherche plus à me souvenir.
Je prête attention.
Et il m’arrive de penser que le monde nous
reconnaît parfois avant même que nous ayons
retrouvé son nom.
