Le front le plus préoccupant s’est développé autour de Porto Germeno, de Psatha et du mont Cithéron, à l’ouest et au nord-ouest d’Athènes. Poussées par des vents violents, les flammes ont traversé des pinèdes, des terres agricoles et des zones habitées. Plus d’un millier de personnes ont été évacuées, dont plus de 250 par bateau lorsque la fumée et le feu ont coupé les rares routes permettant de quitter les villages côtiers. Près de 500 pompiers et plusieurs dizaines d’aéronefs ont été engagés sur ce seul secteur.
Le drame a pris une dimension supplémentaire dimanche lorsque deux hélicoptères bombardiers d’eau sont entrés en collision près de Psatha. Les deux occupants de l’un des appareils, un Grec et un Danois, ont été tués. L’équipage du second hélicoptère, composé d’un Grec et d’un Britannique, a survécu avec des blessures légères. Quelques jours auparavant, trois autres pompiers avaient déjà trouvé la mort lors d’interventions en Crète et dans le Péloponnèse. Ceux qui combattent le feu paient désormais un tribut humain terrifiant.
Dans la seule période allant de jeudi soir à vendredi soir, les services grecs ont dû faire face à 73 incendies, dont 51 nouveaux foyers. Des feux ont notamment frappé la Crète, Paros, l’Achaïe, la Béotie et les environs d’Athènes. Sur le mont Poikilo, les flammes ont progressé jusqu’aux abords de l’hôpital psychiatrique de Daphni, entraînant l’évacuation préventive de dix-sept patients. À Porto Germeno, plusieurs habitations ont brûlé et un camion de pompiers a été entièrement détruit.
Il faut pourtant rappeler une vérité élémentaire : une forêt ne s’enflamme pas
uniquement parce qu’il fait chaud. La sécheresse, la canicule et le vent ne constituent pas nécessairement l’allumette. Ils préparent le combustible, assèchent les végétaux et transforment ensuite un départ de feu limité en incendie incontrôlable. Il faut toujours, au commencement, une source d’ignition : une ligne électrique défectueuse, une machine produisant une étincelle, un mégot, un brûlage agricole, une imprudence ou un acte volontaire.
Dans le cas du principal incendie actuellement combattu près d’Athènes, les premières investigations désignent précisément une installation électrique. Le feu aurait été provoqué par des étincelles issues de conducteurs défectueux transportant l’électricité produite par des éoliennes privées. Un ingénieur et un entrepreneur ont été arrêtés et poursuivis pour incendie criminel, tandis qu’un mandat aurait également été délivré contre le propriétaire de l’installation. L’enquête devra déterminer les responsabilités exactes, mais cette piste rappelle que le désastre n’est pas seulement « naturel ». Il peut aussi être industriel, humain et évitable.
Le changement climatique ne doit donc pas servir d’explication paresseuse permettant de diluer toutes les responsabilités. Il ne craque pas lui-même une allumette. Mais il transforme profondément les conditions dans lesquelles cette allumette tombe. Des périodes plus chaudes, des pluies plus rares, une végétation desséchée et des vents violents rendent les incendies plus rapides, plus étendus et beaucoup plus difficiles à combattre. Une négligence qui aurait autrefois brûlé quelques centaines de mètres carrés peut aujourd’hui ravager une montagne entière.
La prévention devrait par conséquent commencer bien avant l’apparition des flammes. Elle suppose l’entretien des forêts et des terrains proches des habitations, la surveillance des lignes électriques, le débroussaillement, le contrôle des travaux dangereux, la création de coupe-feu et la sanction réelle des manquements. Acheter davantage d’avions bombardiers d’eau est indispensable, mais cela revient à traiter le désastre lorsqu’il est déjà devenu presque incontrôlable. Une politique sérieuse doit aussi rechercher la petite étincelle qui aurait pu être empêchée.
Le ministère grec de la Protection civile maintient d’ailleurs plusieurs régions sous un niveau de risque très élevé. Pour le 4 août, une alerte de catégorie 4 reste annoncée, preuve que la catastrophe n’est pas terminée et que le moindre nouveau départ de feu pourrait mobiliser des forces déjà épuisées.
Les images venues de Grèce montrent des habitants arrosant leurs maisons avec de simples tuyaux, des volontaires avançant au milieu de la fumée et des animaux cherchant à fuir des forêts devenues incandescentes. Elles racontent le courage, mais aussi une forme d’impuissance. On ne devrait jamais avoir à compter sur l’héroïsme de quelques hommes pour compenser des années de négligence, d’aménagement hasardeux et de prévention insuffisante.
Les incendies grecs ne constituent plus un accident exceptionnel de l’été. Ils deviennent un avertissement récurrent. La Méditerranée se transforme progressivement en une immense zone de danger où la moindre erreur rencontre désormais les conditions idéales pour devenir une tragédie. Le feu a toujours besoin d’une origine.
Mais lorsque tout est sec, chaud et balayé par le vent, cette origine suffit à faire basculer un pays dans l’enfer.
