Pourtant, à l’extrême sud de l’Europe, un autre mur existe toujours.
À Ceuta et à Melilla, enclaves espagnoles situées sur le continent africain, plusieurs kilomètres de clôtures, de grillages renforcés, de systèmes de surveillance et de barbelés séparent l’Espagne du Maroc. Pendant des années, certains dispositifs comportaient même des lames métalliques destinées à dissuader les franchissements en infligeant de graves blessures, avant d’être en partie retirées sous la pression des défenseurs des droits humains.
Le contraste est saisissant.
Lorsque Donald Trump annonçait vouloir construire un mur entre les États-Unis et le Mexique, une grande partie de l’Europe dénonçait un symbole de repli, de peur et de rejet de l’autre.
Mais l’Europe possède déjà ses propres murs.
Ils sont simplement moins commentés.
À Ceuta, il suffit de regarder au-delà des grillages pour voir le Maroc. Une frontière politique transforme quelques mètres de distance en une séparation presque infranchissable pour ceux qui cherchent une vie meilleure.
Bien sûr, les États ont le droit de contrôler leurs frontières. C’est une prérogative reconnue du droit international. La question n’est donc pas l’existence d’une frontière en elle-même, mais les moyens employés pour la faire respecter et ce qu’ils disent de notre conception de l’humanité.
Un mur n’arrête jamais les causes profondes des migrations : les guerres, la misère, les persécutions, les dérèglements climatiques ou l’absence de perspectives. Il déplace simplement le problème, en poussant les migrants vers des routes toujours plus dangereuses.
L’histoire montre d’ailleurs que les murs tombent rarement parce qu’ils sont efficaces. Ils tombent lorsque les sociétés comprennent que la séparation permanente ne constitue pas une solution durable.
Comparer Ceuta au mur de Berlin n’est pas établir une équivalence historique. Les contextes sont profondément différents : Berlin enfermait une population cherchant à sortir, tandis que Ceuta vise à contrôler l’entrée sur le territoire européen. Mais cette comparaison interroge malgré tout notre rapport aux frontières et aux symboles que nous acceptons ou condamnons selon les circonstances.
Une démocratie peut protéger ses frontières sans renoncer à ses valeurs. La véritable difficulté réside dans cet équilibre : assurer la sécurité tout en respectant la dignité humaine.
Car derrière chaque mur se trouvent toujours des êtres humains.
Et lorsqu’un mur devient le principal langage entre deux peuples, c’est peut-être le dialogue qui a déjà commencé à s’effondrer.
