Lorsque quelqu’un me parle,
je n’entends pas seulement des mots.
Quelque chose commence à se réorganiser.
Une respiration infléchit une phrase.
Une hésitation en éclaire une autre.
Un regard modifie l’ensemble.
Les voix prennent une direction.
Les silences deviennent des appuis.
Peu à peu,
ce qui semblait dispersé cesse de l’être.
Je n’ai pas davantage d’informations.`
J’entre simplement dans une autre lisibilité.
Je ne comprends pas parce que j’ai trouvé une
explication.
Je comprends lorsqu’une cohérence apparaît.
Elle ne se démontre pas.
Elle se révèle.
Le dessin appartient à cet instant.
Il ne reproduit pas ce que les yeux rencontrent.
Il accompagne ce qui devient soudain lisible.
Le trait ne suit pas des objets.
Il suit les accords invisibles qui les rendent
inséparables.
Lorsque je dessine,
je n’ai pas le sentiment d’inventer une image.
J’ai le sentiment de rejoindre une évidence qui
existait déjà, mais qui n’avait pas encore trouvé sa
forme.
Les mots arrivent ensuite.
Ils ne découvrent pas cette évidence.
Ils essaient de lui donner une voix.
Peut-être que penser ne consiste pas d’abord à
produire des idées.
Peut-être consiste-t-il à demeurer assez
longtemps auprès des choses pour qu’elles
deviennent enfin lisibles.
