On demande souvent au silence de s’expliquer.
Comme si se taire signifiait que rien ne se passe.
Je crois l’inverse.
Le silence est un lieu d’activité.
Il ne suspend pas la pensée.
Il lui donne une autre forme.
Pendant que les mots s’arrêtent,
les gestes continuent.
Les regards poursuivent leur trajet.
Une inflexion de voix rencontre un souvenir.
Une hésitation éclaire soudain une scène entière.
Ce qui paraissait dispersé commence à trouver
sa cohérence.
Rien n’est immobile
Le silence travaille.
Il ne prépare pas seulement une réponse.
Il transforme celui qui regarde.
Nous faisons souvent commencer la pensée avec
les mots.
Je crois qu’elle les précède.
Elle circule déjà dans des rythmes,
des images,
des correspondances,
des formes qui ne savent pas encore se dire.
Le dessin appartient à cette langue.
Le trait ne traduit pas une pensée.
Il demeure au plus près de son apparition.
Il accompagne ce qui cherche encore sa forme
sans lui imposer une conclusion.
Lorsque les mots arrivent enfin,
Ils ne créent pas ce qui s’est passé.
Ils rejoignent un travail déjà accompli.
Peut-être que le silence n’est pas le contraire de
la parole.
Il est le lieu où la parole devient juste.
