Je passe une grande partie de mon temps à
déplier des signes.
Une parole ouvre une hypothèse.
Une hésitation en appelle une autre.
Un sourire suspend son véritable sens.
Mon esprit refuse de laisser une énigme
derrière lui.
Il suit chaque détour.
Il revient sur ses pas.
Il reprend le fil.
Il diffère sans cesse sa conclusion.
Puis quelque chose bascule.
La pluie poursuit sa chute.
Une pierre demeure.
L’écorce épouse lentement la croissance
de l’arbre.
La poussière trouve sa place.
Personne ne cherche à convaincre.
Rien ne sollicite une interprétation.
Chaque chose consent simplement à sa
propre existence.
Je comprends alors que mon apaisement ne
vient pas de la solitude.
Il naît d’une fidélité.
Celle d’un réel qui ne se dédouble pas.
Qui ne glisse pas derrière lui-même.
Qui ne réclame aucun déchiffrement.
Le dessin m’offre cette même fidélité.
Le papier accueille.
Le pigment s’accorde à la main.
Le geste avance sans méfiance.
Je n’ai plus besoin de poursuivre ce
qui m’échappe.
Je peux demeurer auprès de ce qui s’offre.
Peut-être est-ce cela que je cherche
depuis toujours.
Non pas un refuge.
Rien d’autre.
Rien d’autre que des choses accordées à
elles-mêmes.
Et, peu à peu, la possibilité de m’y
accorder aussi.
