Je reviens toujours.
Je referme le carnet.
Le crayon retrouve sa place.
J’ouvre la porte.
Le monde a continué sans moi.
Les voitures passent.
Les oiseaux aussi.
Quelqu’un rit.
Quelqu’un pleure.
Une fenêtre s’ouvre.
Une autre se referme.
Rien ne s’est arrêté.
Et j’aime que rien ne se soit arrêté.
Je marche au milieu de tout cela.
Personne ne sait d’où je viens.
Personne ne sait qu’un monde entier s’est
déplacé en silence.
Je n’ai rien à raconter.
Rien à prouver.
Seulement une autre manière d’être présente.
Je ne regarde plus pour reconnaître.
Je regarde pour rencontrer.
Une branche.
Une pierre.
Une main.
Un visage fatigué.
Une lumière qui hésite quelques secondes sur
un mur.
Le monde ne demande pas à être expliqué.
Il demande parfois seulement que quelqu’un
reste avec lui un peu plus longtemps.
Le carnet est resté sur la table.
Le dessin, lui, ne s’est pas arrêté.
Il traverse ma manière de marcher.
D’écouter.
D’attendre.
De rencontrer.
De laisser une place.
Je reviens parmi les vivants.
Et tout circule en moi.
