Il existe un pays sans distance.
Aucune route n’y mène.
Aucune frontière ne le protège.
On peut passer une vie entière devant son
entrée sans jamais l’apercevoir.
J’y retourne pourtant presque chaque jour.
Il suffit que le bruit du monde s’éloigne.
Que le premier trait accepte de ne pas savoir
où il va.
Alors quelque chose bascule.
La table est la même.
La fenêtre est la même.
Le jardin est le même.
Mais leur présence devient plus vaste.
Les heures cessent de s’écouler.
Elles s’ouvrent.
Le silence cesse d’être un manque.
Il devient un espace où le monde
recommence à parler.
Chaque trait me rapproche de ce qui était
déjà là.
Je ne découvre pas un autre paysage.
Je découvre la profondeur de celui
que j’habite.
Une feuille ne devient pas plus belle.
Elle devient plus réelle.
Une pierre ne change pas.
C’est mon regard qui cesse de passer
trop vite.
Alors je comprends pourquoi je dessine.
Non pour quitter le monde.
Pour y entrer davantage.
Le pays sans distance n’est pas ailleurs.
C’est le monde,
lorsqu’il cesse enfin de rester à sa surface.
