Rouvrir mes sacs, mes cahiers, c’est retrouver
ma famille de couleurs et de formes.
Avant même de vider ma valise, je trie mes
crayons. Je les classe par gammes colorées.
Je les dépoussière. Je les replace dans leurs
pots.
Je ne range pas des objets.
Je retrouve une trace.
La mienne.
Tourner les pages de mes dessins, retrouver
mes couleurs, c’est rentrer chez moi.
Il est plus important pour moi de ranger mes
dessins et mes outils que mes vêtements.
Les vêtements m’habillent.
Mes dessins me constituent.
J’existe par mes dessins.
Je laisse une trace.
Je ne prends pas possession d’un lieu en y
déposant mes affaires.
J’y prends place lorsque mes dessins
retrouvent la leur.
Alors, peu à peu, la maison apparaît.
Non pas autour de mes meubles.
Autour de mes couleurs.
Autour de mes lignes
Autour de ce regard qui recommence à
reconnaître le monde.
On croit parfois que mes habitudes sont une
difficulté à changer.
Elles sont ce qui me permet de demeurer la
même au milieu du changement.
Alors je dessine.
Le lieu cesse d’être un simple espace.
Il devient le lieu où je reviens.
