Je vis dans une chorégraphie discrète, réglée
au millimètre.
Mes mouvements du matin répondent à ceux
du soir.
Mes habitudes se transmettent d’un jour à
l’autre comme un motif musical que je
reprends, encore et encore, pour maintenir
une harmonie intérieure.
Pour beaucoup, ce ne sont que des routines.
Parfois même des gestes répétitifs.
Pour moi, elles sont une forme.
Quand tout autour vacille ou change, elles
deviennent des pulsations régulières dans
lesquelles mon esprit peut respirer.
Je n’ai plus besoin de décider chaque geste.
Je peux consacrer cette énergie à regarder.
À dessiner.
À écrire.
Le monde réclame sans cesse mon attention.
Les déplacements.
Les rencontres.
Les imprévus.
Les décisions.
Je ne peux pas alléger ce qu’il exige.
Je peux seulement construire une manière de
l’habiter sans m’y perdre.
Mon quotidien devient alors une partition
silencieuse.
Chaque geste y trouve sa mesure.
Chaque heure sa note.
Les objets retrouvent leur place.
Les trajets aussi.
Les silences eux-mêmes participent à
cet accord.
Je fais en sorte que tout s’accorde, comme
les instruments d’un orchestre patient.
On imagine souvent que la création naît
du désordre.
Je fais l’expérience inverse.
Plus cette structure intérieure est stable, plus
mon regard devient disponible.
Changer de lieu.
Changer de rythme.
C’est parfois comme si l’on déplaçait soudain
toutes les étoiles de mon ciel.
Il me faut du temps pour retrouver
leur dessin.
Alors seulement, quelque chose se remet
à circuler.
L’attention reprend son souffle.
Le regard retrouve sa lenteur.
Et le dessin peut recommencer.
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